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24 octobre 2019 - Édouard Dufour, journal Adsum
Les éclaireurs-patrouilleurs (pathfinders en anglais) sont des combattants déployés au-delà des lignes ennemies afin de mener à bien l’insertion ou l’extraction de troupes alliées. Dotées d’une détermination de fer, ces ombres furtives peuvent aussi déstabiliser l’ennemi au cœur d’environnements hostiles. La phase finale du cours national d’éclaireur-patrouilleur se déroule à Québec du 14 au 26 octobre.


Les candidats qui sont sélectionnés pour suivre cette formation sont triés sur le volet. Cette année, ils étaient vingt élus provenant de partout au pays. Au moment d’écrire ces lignes, il restait deux semaines de formation, et le groupe avait fondu de moitié. Les dix candidats toujours en lice étaient pour la plupart des fantassins. Ce défi est offert autant aux membres de la Force régulière qu’à ceux de la Première réserve. Les grades des candidats s’échelonnent de caporal à adjudant.
Le cours a débuté le 12 août au Centre de guerre avancé de l’Armée canadienne (AC) situé à Trenton, en Ontario. Depuis plus de vingt ans, cette école a le mandat de transmettre son savoir aux cohortes de futurs pathfinders. «Nous visons à produire des diplômés qui sont des experts d’insertion et d’extraction sur le terrain et qui détiennent une résilience significative. Les pathfinders ne sont pas seulement des techniciens. Ils sont habilités à mener des opérations conjointes et multilatérales avec l’AC, la Marine et l’Aviation royales canadiennes (MRC et ARC)», souligne le capitaine Trevor Takach, l’officier responsable de la tenue du cours.
«L’entraînement prépare les candidats à opérer dans le territoire de l’ennemi avec très peu de soutien, pendant une longue période de temps, et à exploiter toutes les faiblesses de leur adversaire», ajoute le Capt Takach. Outre leur solide condition physique et leur résistance mentale, les éclaireurs-patrouilleurs sont formés pour élaborer avec une efficacité redoutable des stratégies militaires complexes. «Ils peuvent autant collaborer avec des équipes de plongeurs qu’avec des pilotes d’hélicoptère ou les membres d’équipage d’un sous-marin. En plus de bien comprendre les besoins de leur commandant, ils connaissent les technologies, ainsi que la façon de penser des différents corps de métier qu’ils épaulent», fait état le commandant de cours Takach, qui a complété sa formation de pathfinder en 2014.
Départ canon
Le cours s’est amorcé par d’éreintantes patrouilles à la marche. Les candidats ont notamment expérimenté un exercice de navigation corsé. Après avoir été insérés à l’aveugle au cœur d’une forêt, ils devaient atteindre un objectif situé à plus de 15 kilomètres de leur position. L’une des phases comportait également des exercices conjoints avec les membres de la MRC, à Victoria, en Colombie-Britannique.
Un scénario de survie en forêt, de capture par l’ennemi et d’évasion a également marqué cette portion du cours. Affamés et exténués, les candidats étaient âprement questionnés par des experts du renseignement. Le comportement des futurs éclaireurs-patrouilleurs devaient alors respecter le code canadien de conduite sous capture. «Ils devaient reconnaître la situation et agir en conséquence, sans tomber dans les pièges des interrogateurs», souligne le Capt Takach.
Au cours de cette étape, les candidats ont aussi appris comment préparer une zone de largage de parachutistes et des zones d’insertions et d’extractions par avion, bateau et hélicoptère. Ils ont finalement participé à de nombreux entraînements de nage en eau vive, en plus de se rendre régulièrement à la tour de rappel de Trenton, afin de peaufiner leurs aptitudes aux différentes techniques d’insertion par hélicoptère.
Ultime défi
L’étape finale du cours pousse les candidats à puiser dans les dernières réserves de leur résilience physique et mentale. Pendant les quatorze jours de cette dernière ligne droite, chaque heure est planifiée minutieusement par les instructeurs. Les militaires alternent donc inlassablement entre des missions complexes de plus d’une quinzaine d’heures d’affilée et quelques brefs moments pour fermer les yeux.
«Les scénarios vont mettre à l’épreuve leur capacité à raisonner et à prendre des décisions», explique le Capt Takach. Les instructeurs ont réalisé une vingtaine d’ententes avec des propriétaires de terrains privés, de sorte que les scénarios ont pu se déployer dans plusieurs endroits de la région de Québec, dont le Massif de Charlevoix, la baie de Beauport, le lac Saint-Joseph, l’Isle-aux-Coudres, le lac Clair, l’Île d’Orléans et la Citadelle de Québec. En tout temps, une ambulance est postée près des lieux où se déroulent les scénarios et une équipe formée deux techniciens médicaux peuvent intervenir prestement pour venir en aide à un militaire blessé ou souffrant d’un malaise.
Selon le Capt Takach, les plus jeunes candidats sont ceux qui gagnent le plus en confiance au cours de la formation. «Les gars restants sont maintenant très proches. Ils ont vu des gens partir à leur gauche et à leur droite. Chacun d’entre eux est capable de mener en mission l’ensemble du groupe, et ce, à n’importe quel moment», stipule-t-il.
Un représentant du 5 GBMC
Alors que la phase finale du cours s’amorçait à la mi-octobre, le caporal-chef Alexandre Bouchard, membre du 1er Bataillon, Royal 22e Régiment (1 R22eR), était le seul représentant du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada toujours en lice. «C’est un défi personnel et je suis rendu là dans ma carrière. On était deux de mon unité au départ, mais mon ami n’est malheureusement plus là», raconte le Cplc Bouchard.
De retour au pays en avril après sept mois de mission en Ukraine, il n’a eu que quelques jours de préparation avant de se lancer dans l’aventure du cours de pathfinder.
Lorsqu’on demande au Cplc Bouchard ce qu’il trouve le plus exigeant dans cette formation, il répond que c’est le poids de l’équipement des pathfinders «près de deux fois plus lourd que le régulier» qui s’avère un défi de taille. «C’est un cours où il faut absolument travailler en équipe. Peu importe notre unité ou notre langue, on travaille tous ensemble!», soutient le Cplc Bouchard. Il a hâte d’avoir terminé ce défi. Il assure cependant qu’il conservera de bons souvenirs de cette expérience. «J’aimerais devenir instructeur de ce cours, mais surtout amener cette expertise-là à mon bataillon. Mon objectif serait d’aider à développer une section pathfinder au 1 R22eR!», confie avec entrain le Cplc Alexandre Bouchard.

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Les candidats ont constamment été poussés hors de leur zone de confort, et ce, pendant plusieurs semaines consécutives. (Photo Sdt M.-A. Leclerc, Imagerie Valcartier)