ADSUM Le vétéran Dominic April, forgeron d'espoir

16 juin 2021 - Édouard Dufour, journal Adsum        Consultez notre édition complète 
Dominic April s’est vu décerner en mai la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec par Vincent Caron, député de Portneuf. Cette distinction reconnaît la contribution de M. April au mieux-être des militaires et vétérans qui souffrent d’un trouble de stress post-traumatique, par le biais de la forge-thérapie. 

Au cours de sa carrière au sein des Forces armées canadiennes (FAC), Dominic April est déployé outre-mer à six reprises. En 2015, après 27 ans de service, il quitte les FAC avec un diagnostic de stress post-traumatique. À l’automne 2017, pendant une période sombre, l’ancien militaire est hospitalisé à l’hôpital Sainte-Anne-de-Bellevue. «C’était des moments difficiles. J’en voulais à la planète entière. Je ne me sentais plus humain et j’avais développé une méfiance envers les gens. Mon idée d’ouvrir une forge s’est développée pendant mes soirées de réflexion à cet hôpital», confie Dominic April. 

Au fil du temps, la ferronnerie d’art devient un exutoire lui permettant de chasser ses idées noires. En 2018, cet ancien adjudant du Royal 22e Régiment (R22eR) prend la décision d’ouvrir l’Atelier du Vieux Corbeau. Ce nom lui est venu après la lecture d’un livre sur la mythologie viking dans lequel il est question des pouvoirs qu’accordaient ces peuples nordiques au corbeau. M. April en a retenu que le corbeau portait en lui un esprit favorisant le passage de la noirceur à la lumière, la renaissance et la guérison.  

Depuis l’ouverture de la forge, de nombreux militaires et vétérans vivant avec un trouble de stress post-traumatique viennent apprendre la ferronnerie d’art aux côtés de l’Adj (ret) April. «Des personnes arrivent incertaines et méfiantes à l’atelier, mais la confiance se développe rapidement. Une porte claquée peut avoir l’effet d’un coup de fusil pour quelqu’un. Je parle beaucoup avec les candidats et je les préviens si j’allume un compresseur», explique le vétéran. 
Celui-ci reconnaît ses blessures chez plusieurs des visiteurs de son atelier. «J’ai dû faire un long cheminement sur moi-même avant d’ouvrir la forge. Je connais bien l’hypervigilance, l’irritabilité, l’impatience et la colère», indique-t-il. «Comme adjudant d’infanterie, j’avais des responsabilités de leader sur le terrain. J’ai aussi toujours aimé enseigner. Le travail avec les candidats de la forge me permet de me revaloriser et de me sentir à nouveau comme un être humain normal», confie Dominic April. «Les gens viennent à l’atelier pour avancer, s’investir et cheminer. Leur progression est mon carburant pour continuer.» 

Médaille

Bien qu’il affirme être «très ému et honoré» de recevoir la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec, le vétéran du R22eR précise qu’il ne s’attend à rien en retour de son implication auprès de ceux qu’il surnomme amicalement ses corbeaux. «La priorité est d’aider mes gens. Certains m’écrivent en privé pour me dire que le projet de l’Atelier du Vieux Corbeau leur donne le goût de développer une passion et de s’activer. Au final, c’est très important pour moi de rester humble et de ne jamais changer. La plus belle paye, c’est quand la conjointe d’un candidat vient me dire qu’elle constate qu’il est plus enjoué, patient, impliqué dans la dynamique familiale et à l’écoute des enfants», déclare en souriant Dominic April.

Boucler la boucle 

Dominic April se dit fier de son lien d’appartenance au R22eR et d’avoir pu servir son pays pendant de nombreuses années. Il tient à clore ce passage important de vie sur une belle note. Le vétéran et ses candidats préparent une œuvre d’une ampleur unique qu’ils remettront dans quelques mois à la Citadelle de Québec, la maison mère du R22eR. «C’est un beau projet collectif qui nous unit tous», affirme Dominic April. Cette création devrait inclure plusieurs soldats, ainsi que de magnifiques coquelicots finement sculptés dans l’acier. 
Les activités de l’Atelier sont rendues possibles grâce au soutien de plusieurs organismes, aux dons de particuliers et aux œuvres vendues au grand public. L’Adj (ret) April souligne le soutien que lui ont accordé sa conjointe Marie-Claude et sa fille Élizabeth tout au long de l’aventure qu’a été le démarrage de l’Atelier du Vieux Corbeau.   
 
PHOTO | Le député de Portneuf, Vincent Caron (à droite), a tenu à saluer «la détermination, la créativité et l’humanisme» démontrés par Dominic April, fondateur de l’Atelier du Vieux Corbeau, lors d’une cérémonie intime de remise de la Médaille de l’Assemblée nationale du Québec, le 10 mai, à Saint-Raymond.
(Photo : courtoisie, bureau du député Vincent Caron)