ADSUM Gérer dans le chaos

15 avril 2021 - Yves Bélanger, journal Servir  | Consultez notre édition complète |
Invitée par le Conseil des relations internationales de Montréal et le WIIS-Université de Montréal, le major-général Jennie Carignan a offert deux conférences virtuelles le mois dernier. Elle y a parlé de son expérience d’un an à la tête de la mission de l’OTAN en Irak où elle a dû composer avec des tirs de roquettes réguliers et une pandémie mondiale.

Cette mission non combattante, consultative et d’instruction a été conçue pour aider à bâtir des institutions irakiennes de défense et de sécurité plus efficaces et durables. Le Mgén Carignan indique avoir passé les mois qui ont précédé son départ en novembre 2019 à bien se préparer. «Je voulais bien asseoir ma mission dans le contexte actuel en Irak. J’ai donc étudié la situation sociopolitique pour bien cerner les problèmes vécus par l’armée de ce pays qui s’est écroulée en 2004. Je voulais m’assurer de donner de bons conseils aux autorités militaires irakiennes.»
Peu après son arrivée dans les bureaux de Bagdad, le Mgén Carignan a vite compris qu’elle faisait face à un environnement hostile en raison du conflit entre les forces armées américaines et iraniennes en sol irakien. Son plus grand défi a été l’incertitude du contexte. «La ville se faisait bombarder régulièrement. Je ne savais jamais si j’allais devoir interrompre la mission.» Elle explique qu’en mars et avril 2020, la menace des roquettes était tellement grande qu’elle a regroupé tous les membres de l’équipe dans un seul édifice, plus sécuritaire.
À peu près en même temps, un deuxième obstacle était mis sur son chemin, la pandémie de COVID-19. Pour mieux y faire face, elle a commencé à renvoyer des membres de son équipe chez eux. «À ce moment, on a changé notre façon de fonctionner. On a isolé des couloirs et monté des équipes de quatre personnes. Si un des membres d’une équipe devait attraper le virus, les quatre personnes seraient mises en isolement.»

Un modèle de l’Ouest
Malgré tout cela, le Mgén Carignan a quand même réussi à travailler en collaboration avec les autorités irakiennes. Elle a rapidement mis les cartes sur table en leur rappelant que c’était elles qui avaient demandé l’aide de l’OTAN. «Je leur ai fait comprendre que le modèle d’armée que nous pouvions leur offrir est un modèle de l’Ouest, intégré à l’intérieur d’un système démocratique. Si les autorités voulaient un autre modèle, elles devaient aller voir ailleurs.»
Le Mgén Carignan a également abordé la question de l’égalité des sexes au sein des Forces armées irakiennes en rappelant qu’il s’agit d’un dossier important pour l’OTAN. «Je leur ai dit que nous ne transformerions pas le tout en une seule année, mais qu’il devait y avoir du progrès au fils des ans et que nous étions là pour les aider.» 

33 ans d’expérience
De retour au pays depuis décembre 2020, le Mgén Carignan considère que sa mission a obtenu un résultat satisfaisant en fonction de la situation en Irak. Elle est entre autres fière d’avoir pu remettre la mission à son successeur dans un état plus adapté au contexte actuel irakien. «Je suis contente, car les choses vont bien actuellement et la mission prend même de l’expansion.»
Pour celle qui œuvre au sein des Forces armées canadiennes depuis plus de 33 ans, c’est l’expérience acquise qui lui a permis de relever ce défi. «Avec tout ce qu’on a vécu là-bas, j’ai vraiment mis en pratique tout ce que j’ai appris au cours de ces années.» Elle soutient également avoir eu sur place une équipe formidable. «Celle-ci a eu un énorme rôle dans le fait que notre mission se poursuive malgré nos deux obstacles majeurs.»
La militaire se prépare maintenant à relever un nouveau défi. «Je suis mutée à Ottawa où je travaillerai au niveau des ressources humaines.»
 
PHOTO | Le 26 novembre 2019, le major-général Jennie Carignan assumait le commandement de la Mission de l’OTAN en Iraq. Le mois dernier, elle a prononcé deux vidéoconférences au cours desquelles elle est revenue sur ce déploiement d’un an.
(Photo : Cpl Ryan Moulton, Imagerie 8e Escadre, Caméra de combat des FAC)