ADSUM Un mouvement d'entraide qui sauve des vies

10 février 2021 - Édouard Dufour, journal Adsum        | Consultez notre édition complète |
C’est lors du déploiement de militaires en Afghanistan, au tournant des années 2000, que le programme de prévention du suicide Sentinelle a pris son essor au sein des Forces armées canadiennes (FAC). L’Adsum s’est entretenu avec le padré Samuel Farrugia, l’un des aumôniers responsables de la formation Sentinelle à la Base Valcartier ainsi qu’aux Garnisons Saint-Jean et Montréal.

Le padré Farrugia, de Saint-Jean, explique que le programme Sentinelle prépare des militaires et du personnel civil à devenir des pairs aidants dans les différentes installations de la Défense. «En tant que militaires, nous ne sommes parfois pas conscients que nous avons le droit de parler de ce que l’on vit. On doit casser la mentalité que les militaires sont surhumains. Un général comme un soldat peut être affecté par une dépression», souligne-t-il. 
Le padré Farrugia précise que les sentinelles sont avant tout de «bons humains» qui se portent volontaires pour être à l’écoute de leurs camarades, surtout lorsque ceux-ci vivent de la détresse psychologique et qu’ils éprouvent le besoin de se confier et d’être orientés vers les bonnes ressources disponibles au sein des FAC. «Un peu à la manière d’un grand frère ou d’une grande sœur, la sentinelle joue un rôle d’ami auprès de la personne vivant des difficultés. L’objectif est de créer un espace où l’autre est à l’aise de se confier.» 
Le Québec serait la seule province canadienne où se donnent des formations mensuelles et continues, destinées aux sentinelles militaires et aux membres de la Défense, selon le padré. En effet, ces rencontres facultatives sous forme d’atelier-conférence sont animées par des aumôniers, des sentinelles et des travailleurs sociaux. Elles permettent d’aborder diverses problématiques comme les dépendances et le manque de communication dans un couple.
«Les militaires sont souvent très concentrés à accomplir leurs objectifs et leurs missions. Ils peuvent alors parfois s’oublier eux-mêmes. Leurs problèmes passent alors sous le radar», estime le padré Farrugia. Selon lui, les risques d’isolement et de dégradation du cercle de soutien émotionnel et social d’un militaire sont augmentés lors de longs déploiements, d’exercices ou de mutations. «Dans la situation actuelle de pandémie, la formation Sentinelle revêt une importance encore plus cruciale», mentionne Samuel Farrugia.
À ce jour, la 2e Division du Canada (2 Div CA) compte près de 600 sentinelles actives au sein de son personnel militaire et civil. Au cours de la dernière année, les formations des sentinelles ont pu se donner par visioconférence sur Teams. Les 26 et 27 janvier, c’est plus d’une cinquantaine de nouvelles sentinelles provenant de Valcartier, Saint-Jean et Montréal qui ont fait leur formation d’une journée.
Nouvel écusson
Depuis quelques semaines, chaque sentinelle militaire reçoit un nouvel écusson permettant de l’identifier comme personne aidante auprès de ses pairs. La 2 Div CA a commandé 2000 de ces écussons en prévision d’une augmentation de son bassin de sentinelles au cours des prochaines années. 
L’écusson doit être porté sur le bras gauche, juste sous le drapeau canadien. Si le militaire porte un autre écusson de qualification, l’écusson de sentinelle doit être porté sous celui-ci. Il s’agit aussi d’un signe visible de nomination et non d’une qualification. L’écusson doit donc être porté uniquement par des militaires qui ont été dûment nommés pour remplir les fonctions de sentinelles dans leur unité respective. Les nominations sont effectuées par l’aumônier de l’unité après discussion avec la chaîne de commandement. Chaque sentinelle relève de l’aumônier de son unité en ce qui concerne les fonctions et les activités relatives aux sentinelles.
 
PHOTO | Le padré Samuel Farrugia et ses collègues aumôniers de la 2 Div CA contribuent activement au développement du programme Sentinelle. (Photo : aviateur Zamir Muminiar)