ADSUM Entretien avec trois vétérans des FAC

10 février 2021 - Édouard Dufour, journal Adsum      | Consultez notre édition complète |
C’est dans le cadre de la 31e Semaine de prévention du suicide que les PSP Région Montréal ont organisé une conférence virtuelle sur la plateforme de communication Teams. Le 3 février, plus d’une centaine d’employés civils et militaires de la 2e Division du Canada ont pu visionner en direct les vibrants témoignages de trois anciens militaires.

Le sergent à la retraite Martin Laperrière, un vétéran du Royal 22e Régiment (R22eR), est le premier intervenant à avoir partagé son expérience lors de la conférence. Cet ancien militaire a été déployé à Haïti, en Bosnie et en Afghanistan au cours de sa carrière. Il a raconté que c’est lors de sa dernière mission en sol afghan, de mars à novembre 2009, qu’il a développé une blessure de stress opérationnelle (BSO). Assigné à une unité de renseignement, le Sgt Laperrière avait la responsabilité de détecter les réseaux d’approvisionnement et les engins explosifs improvisés camouflés par les talibans.
Martin Laperrière affirme que c’est la lourde responsabilité de devoir protéger ses camarades du 2e Bataillon, R22eR, qui a été l’un des éléments déclencheurs de sa BSO. «À mon retour de mission, le 25 novembre 2009, j’étais en vacances à Disneyland avec ma famille. Lorsque des feux d’artifice ont éclaté, j’étais la seule personne parmi des milliers à se mettre à couvert en petit bonhomme. J’ai réalisé à ce moment que quelque chose clochait et j’avais la désagréable impression d’être le seul à être à côté de la traque», a confié avec franchise le sergent à la retraite. 
Il était alors dans un état d’hypervigilance qui ne le quittait jamais et était impatient avec les membres de sa famille, ses amis et ses collègues de travail. «J’ai augmenté ma charge de travail et je ne m’arrêtais jamais. J'avais le sentiment que rester immobile aurait fait de moi une cible facile. Je m’isolais de plus en plus.»
Le Sgt Laperrière a commencé à consulter des spécialistes en santé mentale en 2011. Cette décision l’a beaucoup aidé à cheminer et à apprivoiser les symptômes de sa BSO. «Ce qu’il y a entre nos deux oreilles, il faut vraiment en prendre soin. Le cerveau d’un militaire, comme son corps, est l’un de ses principaux outils de travail!», estime-t-il. Il a fait des recherches au cours des dernières années afin de trouver des astuces pour faciliter son rétablissement. Pendant la conférence, il a notamment mentionné les techniques de respiration (similaires à celles utilisées par les tireurs d’élite), tout en soulignant les bienfaits du yoga pour les militaires, une activité pratiquée par les Navy Seals pour augmenter leur concentration et leur flexibilité. M. Laperrière considère que la préparation mentale des militaires devrait s’apparenter à celle des athlètes professionnels.
Deuxième témoignage
Avant de prendre sa retraite, le caporal Katia-Isabelle Boivin était technicienne médicale au sein de la 5e Ambulance de campagne. Elle a servi dans les Forces armées canadiennes (FAC), de 1991 à 2003, et a été déployée au Rwanda et en ex-Yougoslavie. 
Tourmentée par des souvenirs douloureux et l’horreur de la guerre, cette mère de famille a décidé de livrer un combat contre son état de stress post-traumatique (ESPT), une condition qui s’est déclenchée à l’été 2008, lorsqu’elle a sauvé son fils de la noyade. Les souvenirs récurrents de type «flash back» en plein jour, la peur, la honte, l’isolement, la perte de concentration, le sentiment d’être étrangère à son propre corps et la fatigue extrême sont autant de répercussions qu’a dû affronter le Cpl (ret) Boivin. 
Katia-Isabelle Boivin a trouvé du soulagement dans la pratique du yoga, de la méditation pleine conscience et du neurofeedback. Elle a publié en septembre 2020 un premier livre intitulé Mémoires d’une déjantée dans lequel elle se raconte sans filtre.
État de situation
Le major (ret) Dave Blackburn était le dernier invité lors de la conférence du 3 janvier. Aujourd’hui professeur agrégé et chercheur à l’Université du Québec en Outaouais, cet ancien militaire a mené plusieurs recherches concernant la santé mentale des militaires et des anciens combattants, l’intervention psychosociale et le processus d’adaptation sociale. 
Il a débuté son intervention en présentant plusieurs statistiques révélatrices de l’ampleur des enjeux de santé mentale au Canada. Il a entre autres souligné que le financement destiné aux recherches en santé mentale ne représente que 4 % des sommes totales investies au Canada en recherche médicale. 
 
PHOTO | De gauche à droite, le sergent à la retraite Martin Laperrière et le caporal à la retraite Katia-Isabelle Boivin qui ont livré un témoignage ainsi que le major à la retraite Dave Blackburn, professeur agrégé à l’Université du Québec en Outaouais. (Photos : courtoisie, montage Adsum)