ADSUM Le guerrier démasqué

15 octobre 2020 - Julie Desrosiers, intervenante en prévention psychosociale au Centre de la Famille de Valcartier

Voilà déjà plusieurs mois que nous sommes confinés à l’échelle de la planète, que nous faisons face à une situation sans précédent, et que nous apprenons à naviguer avec l’incertitude, l’instabilité et la peur.

Un stress important, autant physique qu’émotionnel, peut découler de cette situation unique. Cette réponse de notre corps est néanmoins normale dans un contexte de pandémie, voire même appropriée, dans la mesure où le stress est un mécanisme de défense permettant d’assurer notre survie.
En cette période de grands défis, on se doit de déployer au maximum nos capacités d’adaptation pour affronter les changements qui surviennent à une vitesse vertigineuse et qui chamboulent toutes les sphères de notre vie. Nos repères habituels sont remplacés par de l’incertitude. Plusieurs se sentent stressés, bousculés et chavirés!
Le stress peut permettre à une personne de se concentrer et de performer à son plein potentiel lors d’un défi spécifique. Un stress mal contrôlé peut cependant créer une détresse psychologique et des symptômes physiques des plus désagréables. Ce point de bascule où le stress devient subitement nuisible permet de nous faire constater à quel point notre santé est notre capital le plus précieux.
Cela m’amène à vous parler de santé. Pour cette fois-ci, on ne parlera pas de la COVID-19, mais plutôt des décisions que nous avons eu à prendre au cours de notre évolution afin d’assurer notre survie. Alors que ces décisions ont influencé de manière déterminante notre passé, les prochaines seront garantes de notre avenir. Comme l’être humain est doté de cœur, d’intuition, d’intelligence, d’une capacité de raisonnement et de jugement, force est d’admettre qu’il a la possibilité de faire des choix éclairés. Fort et combatif, il dispose d’une capacité de résilience incroyable pour faire face à l’adversité, dans un contexte où souvent lui seul peut faire cette différence!

Vous vous reconnaissez, n’est-ce pas?
Chers militaires, vétérans, conjoint-e-s et enfants de militaires : vous faites partie de ces personnes qui font une différence significative au cœur des crises que l’humanité traverse au fil des années. Cette pandémie n’y fait certainement pas exception.
C’est de vous qu’il est question lorsque l’on parle de ces défricheurs, de ces personnes desquelles on s’inspire pour bâtir un monde meilleur. Vous répondez toujours à l’appel lorsqu’on a besoin de vous. Vous êtes des guerriers, des vrais!

«(...) vous faites partie de ces personnes qui font une différence significative au coeur des crises que l'humanité travers au fil des années. Cette pandémie n'y fait certainement pas exception»

Les guerriers savent reconnaître leurs limites. Ces meneurs sont brillants. En connexion avec leur nature profonde tendant vers l’équilibre, ils comprennent que c’est normal et surtout humain de s’essouffler au combat lorsque le rythme de la cadence est beaucoup trop soutenu, trop longtemps. S’autoriser à déposer le genou au sol, afin de préserver au mieux sa santé et son intégrité, s’avère souvent l’acte le plus courageux! 
Les guerriers sentent au fond d’eux-mêmes les indicateurs qui leur démontrent que c’est le moment de prendre une pause, un arrêt, de prendre soin d’eux et d’être à l’écoute de ce que leur corps, leur plus grand allié pour mener à bien leur mission, leur indique.
Une grande fatigue, des comportements impulsifs et agressifs, des mots qui blessent, une profonde tristesse, un goût amer pour la vie, une consommation d’alcool accrue ou encore de drogues ne sont en aucun cas des signes de faiblesse, mais bien des balises pouvant révéler à un guerrier qu’il est temps pour lui de demander de l’aide. Les combattants qui ne portent pas attention à ces balises éclairantes risquent l’épuisement mental et physique. Ils ne seront alors plus en mesure de défendre leur pays ou de savourer le plaisir du triomphe.

Gravir l’Everest
Les guerriers reconnaissent que pour braver un défi psychologique de la taille de l’Everest, il faut s’y préparer longtemps, mais aussi faire preuve d’une écoute attentive envers ses partenaires d’ascension. 
Les guerriers savent aussi qu’être aiguillés par des guides expérimentés et spécialisés (médecin, psychologue, travailleur social, psychiatre, etc.) est la stratégie gagnante à mettre en place dès l’apparition de symptômes d’épuisement, afin d’éviter les risques de sombrer dans une crevasse ou d’être emportés par une avalanche.
Un guerrier choisit de reconnaître qu’il n’a pas toujours raison et ose se remettre en question. Il comprend que la victoire ne se résume pas à atteindre le sommet d’une montagne, mais également à la qualité des choix qu’il fait tout au long du parcours pour s’y rendre. Bien après l’ascension, ces choix auront une influence positive ou négative sur son bien-être futur et celui de ses proches.
Un guerrier sait autant enfiler son habit de combat et son masque en période de pandémie qu’enlever son équipement de protection, le temps venu, afin de prendre acte de ses vulnérabilités et de soigner ses blessures. Un guerrier est avant tout un humain avec des réussites, des défis et des doutes.

PHOTO

«[Le guerrier] comprend que la victoire ne se résume pas à atteindre le sommet d’une montagne, mais également à la qualité des choix qu’il fait tout au long du parcours pour s’y rendre.» (Photo courtoisie)