ADSUM Afghanistan : l'Adjum Desnoyers raconte

15 octobre 2020 - Édouard Dufour, journal Adsum
En 2009, le Groupement tactique 2e Bataillon, Royal 22e Régiment (GT 2 R22eR) est déployé en Afghanistan dans le cadre de l’opération ATHENA. L’adjudant-maître Étienne Desnoyers, alors un jeune caporal-chef, se trouve sur le terrain. Plus d’une décennie suivant ce déploiement marquant, voici son témoignage.

Étienne Desnoyers est originaire de Saint-Lambert-de-Lévis, sur la rive sud de Québec. Il se joint comme réserviste aux Forces armées canadiennes (FAC) en 2000, à l’âge de 16 ans. Trois ans plus tard, il devient membre de la Force régulière. 
Le jeune militaire est ensuite déployé pour une première fois en Afghanistan, en 2004, au sein de la «Brigade multinationale de Kaboul». Son mandat consiste à recueillir des renseignements et à mener des patrouilles motorisées. Ces opérations visent à la fois les terroristes connus et les étrangers. «Je croyais avoir une bonne idée de ce qu’était l’Afghanistan! On réalise par contre très vite que chaque région est fondamentalement différente sur les plans géographique, démographique et culturel», détaille l’Adjum Desnoyers.
Suivant ce mandat, le GT 2 R22eR multiplie les entraînements jusqu’à un nouveau déploiement en Afghanistan. En 2008, la préparation des troupes se déroule rondement et s’intensifie à la Base Valcartier, à Wainwright et même à Fort Bliss, au Texas. «Nous avons aussi participé à une multitude de conférences concernant les différences culturelles, linguistiques et la santé mentale», se remémore l’Adjum Desnoyers.

Déploiement
En 2009, la situation en Afghanistan varie beaucoup selon la région et la province. L’Adjum Desnoyers et ses collègues sont à l’œuvre au cœur du district de Zhari Panjwayi, à une trentaine de kilomètres au nord-est de Kandahar, que l’on surnomme à ce moment-là «le berceau des talibans».
Dès leur arrivée, les membres du 2 R22eR se préparent à «la saison des combats» du printemps, période de l’année où l’on remarque une recrudescence marquée des activités d’insurrection des groupes armés. «Nous étions prêts à entrer dans le vif de l’action», affirme l’Adjum Desnoyers. À titre de signaleur et de membre de la garde rapprochée du lieutenant-colonel Jocelyn Paul (maintenant major-général), il cumule plusieurs responsabilités. «En tant que membres du poste de commandement tactique du commandant (9 TAC), nous nous déplacions beaucoup et sillonnions quotidiennement les routes du sud de l’Afghanistan. Nous passions énormément de temps à suivre les opérations et à visiter les troupes opérant depuis les bases d’opérations avancées (BOA). Je passais donc plusieurs heures par jour dans un véhicule blindé léger (VBL III)», raconte l’Adjum Desnoyers.
«J’avais la responsabilité d’informer le commandant lorsque nous étions en opération ou sur la route. Ma tâche primaire était de m’assurer de la maintenance et du fonctionnement des communications du poste de commandement qui incluaient, notamment, des éléments de génie et d’artillerie», spécifie l’ancien membre du 2 R22eR. «À partir de son véhicule, le commandant devait savoir en temps réel tout ce qui se passait sur le champ de bataille. Il devait avoir accès à l’imagerie de drones, à l’information rapportée par ses commandants supérieurs et subalternes, ainsi qu’à celle de ses tireurs d’élite», ajoute-t-il. «J’aidais aussi à l’entretien mécanique du véhicule selon les spécifications du meilleur chauffeur de VBL III du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada, le caporal Stéphane Vachon! Comme tout bon soldat, je m’assurais également que mon équipement de protection individuel et mes armes soient toujours prêts et dans un état irréprochable», se souvient aussi le militaire.

Menace latente 
 «Nous étions un très petit groupe faisant partie du 9 TAC. Chacun de nous avait la responsabilité de protéger l’ensemble du convoi en tout temps», se rappelle l’Adjum Desnoyers. «Je passais de très longues heures à assimiler et à noter tout ce qui se passait sur le terrain afin de pouvoir donner un aperçu de la progression et des problèmes rencontrés par les troupes. Je participais aussi activement à la détection d’engins explosifs improvisés (EEI) aux abords des routes et au maintien de la sécurité du commandant. Pour moi et tous les autres, la plus grande menace était définitivement la détonation d’EEI.» 
Un jour, le convoi dans lequel il se trouvait a été frappé de plein fouet par la détonation d’un EII. Cette attaque dévastatrice a mené au décès du major Yannick Pépin et du caporal Jean-François Drouin, en plus de blesser cinq autres militaires. «Je crois que cela a affecté tout le monde différemment. (…) chacun a dû faire preuve de résilience et ventiler à sa façon afin de continuer la mission. (…) Je retiens du Maj Pépin et du Cpl Drouin les qualités qui sont les fondements de notre éthos : le devoir, la loyauté, l’intégrité et le courage», confie l’Adjum Étienne Desnoyers.

On n’est jamais trop préparé. Avant un déploiement, il faut chercher à comprendre plus loin que la tâche qui sera demandée

Lors de ce déploiement en 2009, le GT 2 R22eR pouvait compter sur une équipe complète, formée de trois compagnies d’infanterie, d’une compagnie de soutien, d’une compagnie de commandement, d’un escadron de blindés, d’un escadron d’ingénieurs et d’une batterie d’artillerie. «Il y avait aussi l’élément de soutien national, l’équipe de reconstruction, l’équipe de liaison et de mentorat opérationnel et l’élément de commandement de la Force opérationnelle interarmées Afghanistan, alors commandée par le général canadien Jonathan Vance», étaye l’Adjum Desnoyers.

Paysage et population
 «Nous avons vu des déserts, des plaines arides, des paysages montagneux, mais aussi beaucoup de végétation aux abords de l’Arghandab, une rivière de plus ou moins 400 kilomètres de long qui traverse les provinces de Ghazni, Kandahar, Zâbol et Helmand. Je me souviens m’être dit que je m’y bâtirais bien un chalet!», raconte l’Adjum Desnoyers. 
«Tout dépendamment du secteur, les habitants pouvaient être moins enclins à notre présence. Nous pouvions cependant compter sur la présence d’un excellent conseiller culturel et interprète qui nous faisait vivre l’hospitalité afghane à son meilleur. À plusieurs reprises, il allait parler aux familles avoisinantes et revenait avec des pains naans fraîchement cuits!», se rappelle-t-il. 
«Bien que nos interactions avec la population locale étaient limitées, nos échanges étaient courtois et amicaux. En ce qui concerne mes collègues, je confirme qu’ils formaient un groupe de gens matures et professionnels comptant sur une vaste expérience.»

Préparation mentale
Être déployé en zone de guerre représente un défi physique et psychologique certain. Pour l’Adjum Desnoyers, adopter un état d’esprit positif est un élément crucial à la réussite de chaque militaire déployé. «Je crois que lorsque tu as le bon état d’esprit avant d’être déployé, peu importe l’endroit, tu ne pourras faire autrement que d’apprendre à apprécier la diversité», explique-t-il. «Avant un déploiement, il est certain que l’on a aussi toujours l’espoir que notre présence dans un pays contribuera à générer un changement significatif. On se rend cependant compte assez rapidement que la patience est la clé lors d’opérations d’une aussi grande envergure. Cela peut donc créer certaines frustrations de temps à autre», constate le militaire. 
«Avec du recul et en apprenant davantage sur le concept WHAM (Winning Hearts And Minds; en français, gagner les cœurs et les esprits), j’ai compris que chaque interaction positive quotidienne avec la population ou les autres militaires, peu importe leur rang, peut contribuer à faire une différence», souligne-t-il. «On n’est jamais trop préparé. Avant un déploiement, il faut chercher à comprendre plus loin que la tâche qui sera demandée, bien connaître le travail de tes collègues et de tes supérieurs et mettre tous les efforts pour conserver le respect des autres.»
L’Adjum Desnoyers indique aussi que les familles de militaires vivent beaucoup d’inquiétude au cours d’un déploiement comme ceux auxquels il a participé en Afghanistan. «La façon dont la population canadienne appuyait la mission faisait en sorte que les familles se sentaient elles aussi soutenues, ce qui aidait grandement!», raconte-t-il. 
Lorsqu’on demande à l’Adjum Desnoyers les plus grandes réussites du Canada face à cette participation à l’opération ATHENA, il répond qu’il s’agit d’avoir réussi à rallier les Canadiens derrière les FAC et d’avoir contribué à maintenir la réputation des FAC comme force de combat capable et crédible. «Je crois qu’expérimenter une situation de combat en jeune âge te pousse à devenir mature plus rapidement et à prendre conscience que chacune de tes actions aura une conséquence», estime-t-il. Sur le plan personnel, il se réjouit de pouvoir observer certains militaires, qu’il a aidé à entraîner, connaître du succès et de pouvoir garder une bonne attitude face aux défis rencontrés sur son chemin.

Carrière bien remplie
Quelques mois après son retour d’Afghanistan, en janvier 2010, l’Adjum Desnoyers est déployé à Haïti à la suite du séisme qui ravage alors ce pays. Il s’occupe d’un poste de retransmission automatique qui fait le lien entre la République dominicaine et Haïti, au cours de l’acheminement d’aide humanitaire. 
À son retour au pays, il est promu au grade de sergent et muté, en 2011, à l’École des communications et de l’électronique des Forces canadiennes (EECFC), à Kingston en Ontario. Il agit alors à titre de commandant de section et de directeur de cours pour l’entraînement au niveau DP1 des spécialistes des systèmes de communications et d’information de l’Armée de terre. 
En 2014, il est promu au grade d’adjudant et muté au Quartier général et Escadron des transmissions comme adjudant de troupe. Deux ans plus tard, il est muté au Régiment des transmissions des Forces canadiennes à Kingston comme adjudant des opérations. Il est finalement promu adjudant-maître en 2018 et nommé sergent-major d’escadron, toujours au sein de l’EECFC.

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L’Adjum Desnoyers a été déployé en Afghanistan en 2009. Il était alors caporal-chef. (Photo courtoisie)​