Adsum Récit d'un vétéran de la Corée

6 novembre 2019 - Édouard Dufour, journal Adsum
Le lieutenant-colonel à la retraite André Therrien était commandant de peloton pendant la guerre de Corée. Tenace, il a mené ses hommes vers la victoire lors d’affrontements décisifs. À l’approche du jour du Souvenir, l’Adsum s’est entretenu avec ce récipiendaire de la Croix militaire, une distinction rare remise pour actions courageuses et distinguées en présence de l’ennemi.
«Au combat, ce n’est pas le grade qui est affiché sur nos épaules qui importe, mais plutôt la confiance que les soldats peuvent avoir en leur commandant qui mène l’attaque», raconte le Lcol (ret) Therrien. «Il n’y a parfois qu’un millième de pouce entre le courage et la lâcheté. Au combat, on doit contrôler notre peur et penser à ceux qui nous entourent. Leur vie est entre nos mains et il n’y aucune place à l’erreur», confie le vétéran du 2e Bataillon, Royal 22e Régiment (2 R22eR) qui a soufflé 91 bougies l’an passé.
Le 12 septembre 1951, alors lieutenant, André Therrien était à la tête de l’un des pelotons canadiens qui a mené la charge contre une compagnie chinoise, sur la côte 222. Bravant le feu de l’ennemi, il a été le premier Canadien à atteindre avec sa carabine la position de l’ennemi. Les effectifs de l’ennemi surpassaient ceux des Canadiens.
Après avoir neutralisé seize ennemis avec les troupes du 2 R22eR l’accompagnant, le Lt Therrien a ordonné à ses hommes de se porter à la défense du peloton canadien se trouvant sur leur flanc droit. Le commandant de ce peloton avait été grièvement blessé pendant l’assaut initial. Ses hommes étaient paralysés et exposés à la puissance de feu ravageuse de deux nids de mitrailleuses ennemies. Pour avoir bravé la menace au péril de sa vie, le jeune officier s’est vu décerner la Croix militaire par le gouverneur général du Canada, à son retour à la Base Valcartier en 1952.
D’un vétéran à un ambassadeur
Pour marquer leur admiration devant les gestes héroïques de leur commandant, les soldats sous son commandement lui ont fait don d’un drapeau coréen trouvé dans les décombres d’une maison, sur un champ de bataille au nord de Séoul, en 1951. André Therrien a conservé précieusement ce souvenir pendant plus de 66 ans.
En 2017, alors qu’il considérait alors être arrivé à l’automne de sa vie, il a décidé de remettre le drapeau au peuple coréen. Le vétéran a donc fait parvenir le drapeau à l’ambassadeur de la Corée du Sud à Ottawa, Maeng-ho Shin, dans le cadre d’une cérémonie spéciale soulignant le 64e anniversaire de l’armistice de la guerre de Corée.
Touché par ce cadeau inattendu, l’ambassadeur a exprimé sa gratitude en envoyant une photo montrant le drapeau, serti dans un cadre et placé bien en vue à l’entrée de son bureau dans la capitale, là où les employés et les visiteurs pourront l’admirer pendant des années. «Le fait que vous ayez conservé le drapeau du champ de bataille de notre chère Corée et l’ayez honoré chez vous, au Canada, témoigne de la profonde amitié qui lie nos deux pays, ainsi que de la loyauté et de la bravoure des hommes et des femmes qui, tout comme vous, ont affronté l’adversité au nom de la liberté», a écrit M. Shin dans une lettre envoyée à M. Therrien. L’ambassadeur avait joint à cette missive un magnifique coffret à bijoux aux couleurs de la Corée, un présent inestimable aux yeux de celui qui l’a reçu.
Correspondance de guerre
Alors qu’il était déployé en Corée, le Lt Therrien a aidé plusieurs de ses hommes qui ne savaient pas écrire à rédiger des lettres à l’intention de leurs proches. Sensibilisé à l’importance pour les militaires de communiquer en période de déploiement, le Lcol (ret) Therrien a démarré, en 2015, un projet de correspondance entre des civils et des soldats déployés en Afghanistan.
Le 11 novembre, il ira déposer une couronne de fleurs au cénotaphe de Montmagny, où il demeure avec sa conjointe Marie-Paule Morin.
Cet article contient des extraits tirés d’un article publié le 21 mars 2018 dans L’Oie blanche avec l’aimable permission du journal.

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Le lieutenant-colonel à la retraite André Therrien devant un mur rempli de souvenirs. (Photo courtoisie journal L’Oie blanche)