OP UNIFIER : Un sapeur de combat en Ukraine

 
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09 octobre 2019, Édouard Dufour, Adsum

Depuis six mois, des membres du 5e Régiment du génie de combat (5 RGC) œuvrent en Ukraine dans le cadre de l’opération UNIFIER. L’Adsum s’est entretenu avec le sergent Jean Pelletier, sapeur de combat du 5 RGC déployé en Ukraine.

Un militaire ukrainien (à droite) est photographié en compagnie
du sergent Pelletier, après avoir réussi une formation. (Photo : courtoisie)


Quelle est l’année de votre enrôlement dans l’armée?
Je me suis enrôlé dans les Forces armées canadiennes (FAC) en février 2006, à Québec, comme sapeur de combat.

Pourquoi vous êtes-vous joint aux FAC?
J’ai été attiré par l’opportunité de relever des défis à travers le monde et d’avoir la possibilité de pratiquer un métier de combat polyvalent. Ce métier me permet d’effectuer des tâches de fantassin tout en me donnant l’occasion de réaliser des travaux de construction et de manipuler des explosifs.

Quels sont les objectifs et les tâches de votre équipe en Ukraine?
Le Groupe d’entraînement de génie se compose d’environ 19 personnes stationnées dans le petit village de Kamianets-Podilskyi. Notre groupe travaille en collaboration avec les Forces armées ukrainiennes (FAU) et la Garde nationale ukrainienne (GNU) afin de développer des capacités de neutralisation d’engins explosifs. Le soutien offert aux FAU débute avec le 143 Demining Center où nous contribuons à donner des leçons sur les cours de sapeur (démineur). Nous contribuons également à la révision du cours d’opérateur en neutralisation des explosifs et munitions.
Notre équipe collabore avec le 201 Training Center par l’exécution des cours de sapeur et le développement du centre d’excellence d’instruction pour les sapeurs. En ce qui concerne la GNU, le Groupe d’entraînement de génie a déployé une équipe dans la ville de Zolochiv, à l’académie des sous-officiers, en assistance au programme de sapeur qui y est enseigné.
Une équipe mobile canadienne se déplace dans le pays afin d’enseigner aux forces de sécurité ukrainiennes les connaissances et habiletés nécessaires pour identifier les menaces explosives. 
Ultimement, l’objectif des ingénieurs canadiens en Ukraine est de réduire le nombre de blessés et de morts dans la zone de conflit à l’est du pays, et ce, en fournissant à nos alliés les outils nécessaires pour reconnaître la menace. De notre côté, cette collaboration nous permet d’apprendre sur les mécanismes utilisés dans le développement de l’instruction individuelle et d’élargir nos connaissances sur les menaces explosives dans cette région du monde.

À quoi ressemble votre environnement de travail quotidien?
Nous commençons notre journée avec une séance d’entraînement physique, après quoi un bon déjeuner s’impose. Par la suite, nous nous rendons sur une base près de la ville où nous sommes logés. Nous travaillons alors dans un bâtiment où nous partageons des bureaux avec nos homologues ukrainiens. Selon les priorités, nous pouvons préparer des leçons, planifier l’exécution des cours et coordonner avec nos homologues les ressources nécessaires. Nous veillons aussi à créer une cohésion avec eux, dans l’optique d’instaurer un climat de travail sain et efficace. On ne se le cachera pas, nous avons des cultures différentes, mais nos alliés ukrainiens savent que nous sommes là pour les aider. En apprenant de leur culture, nous démontrons notre respect envers eux.

Qui sont vos collaborateurs sur le terrain?
Nous travaillons avec des instructeurs militaires ukrainiens à l’aide d’interprètes civils. Ceux-ci sont essentiels à l’accomplissement de notre travail en raison de la barrière linguistique. Nous travaillons aussi avec différents ingénieurs des FAC et de la GNU.

Quels sont vos outils de travail?
Nous utilisons nos doctrines militaires et ceux de l’OTAN afin d’apporter des modifications au contenu que comporte la formation du métier de sapeur de combat en Ukraine. Ici, notre arme de service C7 est remplacée par un ordinateur portable afin de préparer les leçons et de communiquer avec les différentes institutions. Nous enfilons parfois notre attirail de combat, lorsque nous allons sur des champs de tir ou de démolition, ou lorsque nous effectuons des simulations dans le cadre des cours.

Qu’est-ce qui vous rend le plus fier dans la réalisation de votre travail?
Je crois que c’est de voir que des instructeurs ukrainiens utilisent des connaissances canadiennes et de constater que les étudiants sont intéressés. Cela démontre que nos efforts sont concluants et que l’impact que nous avons sur l’avenir des futurs sapeurs ukrainiens est réel.

Qu’est-ce que vous appréciez le plus dans le cadre de votre métier?
Comme tous les ingénieurs vont vous le mentionner, c’est bien sûr les explosifs! Ceux-ci nous passionnent comme des enfants! Il existe toujours un certain niveau d’adrénaline lorsque nous manipulons un explosif, surtout au moment de la détonation.

Quels sont les défis que vous devez relever?
Je crois que le plus gros défi auquel nous devons faire face est la barrière de la langue. Une simple et courte explication peut devenir un sujet de conversation durant plusieurs minutes. Cela rend difficile l’instruction. Une période d’adaptation a été nécessaire afin de pouvoir donner des leçons de façon plus fluide.

Quelle est l’importance pour les troupes ukrainiennes d’être soutenues par les militaires canadiens?
Je pense que notre expertise et nos connaissances leur offrent une autre vision du métier de sapeur. Certains d’entre nous avons vécu l’Afghanistan et d’autres théâtres opérationnels que les forces armées ukrainiennes n’ont pas expérimentés. Nos alliés nous informent pour leur part de leurs expériences vécues dans la zone de conflits située dans l’est de l’Ukraine. Nous en apprenons alors davantage sur les tactiques utilisées par l’ennemi et ses différents engins explosifs. 

Quelles facettes de votre métier les gens ne connaissent-ils généralement pas?
Pour la plupart des gens civils, le métier de sapeur de combat s’apparente à travailler dans le domaine de la construction. Nous sommes plutôt des hommes à tout faire! Nous pouvons construire un camp temporaire ou un pont, neutraliser des explosifs et munitions, produire de l’eau potable, déminer un champ de mines, et la liste continue! C’est simple, quand l’armée a besoin de résoudre un problème, elle fait appel aux ingénieurs!

Quelles sont les différences entre ce déploiement et celui ou ceux auxquels vous avez participé par le passé?
L’Afghanistan et l’Ukraine sont très différents en ce qui concerne la situation opérationnelle. Le fait de ne pas savoir si tu vas survivre, à chaque sortie du camp, n’est pas une considération principale en Ukraine. Aucun combat ne fait rage dans les alentours où nous travaillons. Le climat ressemble un peu plus au Canada. Le fait de ne pas avoir à manger de rations s’avère un grand avantage pour nous. De plus, le mandat de la mission opérationnelle UNIFIER est de contribuer à la formation des forces militaires et non de participer à une mission de combat.

Que retiendrez-vous de ce déploiement en Ukraine?
Je me souviendrai de plusieurs bonnes relations avec des militaires ukrainiens et de nombreux apprentissages. Bien sûr, je n’oublierai pas le bon sens de l’hospitalité des Ukrainiens qui veulent toujours nous inviter à partager avec eux un bon repas!

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