Entrevue avec le commandant du 5 GBMC

 
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12 septembre 2019, Édouard Dufour, Adsum

Il y a maintenant six mois que le colonel Tim Arsenault a pris le commandement du 5e Groupe-brigade mécanisé du Canada (5 GBMC). L’Adsum s’est entretenu avec lui concernant les récents accomplissements et les prochains objectifs des membres de la brigade.

Favoriser la confiance entre les membres du 5 GBMC est un objectif
important du colonel Tim Arsenault et de l’adjudant-chef Justin Morneau.
(photo : Édouard Dufour, journal Adsum)


La dernière année s’est avérée chargée pour les membres du 5 GBMC. Que retenez-vous de cette période de pleine disponibilité opérationnelle?
Ce fut effectivement une grosse année pour nos membres. Ils ont participé à des missions à l’étranger un peu partout dans le monde. Ce qui mérite d’être souligné, c’est le fait que nous avons eu un nombre croissant de missions à l’étranger avec plus de 2000 personnes déployées dans le cadre de quatorze missions. Les membres du 5 GBMC ont aussi participé activement à l’opération nationale LENTUS, lors des inondations québécoises ce printemps. 

Ce qui est particulier, c’est que les missions confiées aux troupes canadiennes sont plus spécialisées. Elles exigent une polyvalence et une indépendance accrue de nos jeunes militaires. Ils doivent pouvoir évoluer avec peu de supervision dans un contexte international, multinational et interagences. Il y a donc eu beaucoup d’opportunités pour nos jeunes de gagner en expérience dans des environnements intéressants à l’étranger. Je peux confirmer que nous avons eu énormément de succès et que nos membres reçoivent souvent des accolades de leurs homologues en raison du bon travail effectué sur le terrain. 

À titre d’exemple, il ne faut pas sous-estimer l’effet d’assumer un rôle de leadership avec le groupement tactique en Lettonie. Avec un poste de commandement d’unité et 500 militaires canadiens déployés dans ce pays, les effets et les retombées positives sont considérables. D’un point de vue stratégique, cette présence positionne le Canada avantageusement par rapport à ses partenaires de l’OTAN.

Après une exigeante période de pleine disponibilité opérationnelle, quels seront les prochains défis du 5 GBMC?
C’est certain qu’il y a eu un stress avec la montée en puissance de la brigade et l’année de déploiement que nous achevons. On peut dire que le système a un peu été «étiré». Bien que nous n’ayons pas vraiment de manquement au niveau du personnel et de notre équipement, nous avons un léger rattrapage à faire en ce qui concerne les qualifications individuelles de métier et de leadership. Certains de nos équipements ont également besoin d’un peu d’attention. Les absences du foyer sont aussi difficiles à vivre pour nos familles. Nous sommes cependant conscients que les demandes ne diminueront pas. C’est un marathon dans lequel on doit trouver un rythme qui ne nous épuisera pas! 

Nous arrivons à la fin de la période de pleine disponibilité opérationnelle avec encore 350 de nos membres déployés à l’étranger. Ma priorité immédiate est d’assurer un soutien, sans compromis, à ces personnes déployées. Nous veillerons aussi à la réintégration efficace de ceux qui reviendront au pays au cours des prochains mois. Notre responsabilité critique, peu importe le cycle, est d’être prêts à déployer des forces terrestres, et ce, pour n’importe quel mandat.

Sur quels concepts mettrez-vous l’accent au cours de votre commandement?
Notre cadre opérationnel se divise en deux axes principaux inspirés des thèmes «le personnel d’abord» et «la mission toujours». Plusieurs lignes d’effort sont associées à ces deux axes. Le développement du leadership positif est l’une d’elles. Il s’agit d’influencer les gens en montrant l’exemple afin que leur conduite et leur discipline soient conformes aux attentes. Un leadership positif et constructif permet de développer une confiance mutuelle. 

Une autre ligne d’effort est de veiller à la santé globale, autant physique que mentale, de l’ensemble de nos membres. On vise à offrir un environnement sain, sécuritaire et respectueux à nos gens.
Nous voulons, par ailleurs, poursuivre l’opération HONNEUR. Nous mettrons encore beaucoup d’insistance sur cette initiative, bien qu’on ne puisse malheureusement pas éradiquer tous les problèmes de comportement. Je crois aussi que l’op HONNEUR ratisse plus large. Le harcèlement, sous toutes ses formes, affecte nos gens de manière directe et notre crédibilité institutionnelle. Les Canadiens s’attendent à ce que les Forces armées canadiennes s’occupent bien de ses membres. À la seconde où les citoyens n’ont plus cette impression, nous commençons à perdre en crédibilité. 

Dans un autre ordre d’idée, nous voulons favoriser le développement de «guerriers éthiques» en améliorant la capacité de nos troupes à bien comprendre la différence entre le bien et le mal, et à avoir le courage d'intervenir, peu importe leur grade, si elles sont témoins de comportements inappropriés.
 
"Pour avoir du succès en tant qu’entité militaire, peu importe les circonstances, il faut l’établissement d’une confiance mutuelle, de la chaîne de commandement jusqu’au plus bas niveau."

Nous demandons à nos chefs d’évoluer dans des environnements autonomes et complexes. Nos jeunes officiers interagissent avec des ambassadeurs alliés alors que nos sous-officiers et officiers collaborent avec des officiers généraux séniors d’autres États. Nous agissons comme ambassadeurs du Canada partout dans le monde et même en sol canadien, lors d’opérations comme LENTUS. 

Les missions confiées au 5 GBMC augmentent aussi constamment. Tenant cela en ligne de compte, je crois qu’il est crucial pour la brigade de maintenir et de bonifier ses acquis opérationnels, tout en conservant ses fondements doctrinaires. Nous miserons donc sur la préservation de notre excellence opérationnelle. À cela s’ajoute la gestion efficace des ressources et de l’équipement dont nous disposons.

Quelles sont les plus grandes forces des membres du 5 GBMC?
J’ai eu l’occasion d’agir à titre de conseiller spécial auprès du ministre de la Défense nationale au cours des dernières années. Je l’accompagnais alors partout dans le monde. Je confirme qu’il se faisait régulièrement remercier par ses homologues pour l’excellence du travail des membres du 5 GBMC. Leur polyvalence et leur désir de dépasser les attentes sont leurs plus grands atouts. 

Le 5 GBMC est la seule brigade francophone de la Force régulière au Canada. Nous représentons beaucoup le Canada en général. On peut être fier des accomplissements opérationnels de la brigade. 

Lors de circonstances extrêmement difficiles, les militaires continuent d’accomplir leurs tâches parce qu’ils ne veulent pas laisser tomber les camarades qui les entourent. C’est un concept critique et fondamental du métier des armes auquel les membres du 5 GBMC adhèrent. Ils détiennent aussi un esprit combattif hors du commun que d’autres organisations n’ont pas. C’est cet esprit combattif qui fait que nos gens dépassent constamment les attentes. Nous continuerons à prôner cette mentalité!

Quelle est la clef du succès pour une organisation militaire comme le 5 GBMC?
Pour avoir du succès en tant qu’entité militaire, peu importe les circonstances, il faut l’établissement d’une confiance mutuelle, de la chaîne de commandement jusqu’au plus bas niveau. Nos gens s’attendent à ce qu’on s’occupe d’eux comme il se doit. Les troupes veulent être menées par des personnes compétentes qui se soucient de leur sécurité. Je retiens aussi de mes expériences à Kandahar que les troupes doivent être assurées que toutes les options possibles ont été considérées avant qu’une décision importante ne soit prise.

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