Capitaine Julie Simard : veiller sur les siens à l’étranger

 
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19 juin 2019, Édouard Dufour, Adsum

Les défis en mission sont nombreux. Quand le moral des troupes vacille parfois, là-bas, à l’autre bout du monde, les aumôniers assurent une présence rassurante et cruciale au bien-être de tous. Voici une entrevue accordée à l’Adsum par le capitaine Julie Simard, aumônier présentement déployée au Mali dans le cadre de l’opération PRESENCE.

Le capitaine Julie Simard œuvre actuellement au bien-être
moral et spirituel des militaires canadiens déployés au Mali.
(Photo : Courtoisie)


Depuis quand êtes-vous au Mali? Et pour quand est prévu votre retour?
Je suis arrivée en théâtre le 22 janvier. Mon retour est prévu pour le 12 août. 

Comment pourriez-vous décrire votre environnement de travail au Mali?
Je suis déployée comme aumônier et membre de la Force opérationnelle au Mali. Plus de 250 membres des Forces armées canadiennes participent à cette mission, dont plus d’une centaine proviennent de Valcartier, principalement du 430e Escadron tactique d’hélicoptères. Nous sommes déployés avec le bataillon d’aviation sur un petit camp de cinq kilomètres carrés. On en fait rapidement le tour! 

En plus de nous, il y a 800 Allemands et 200 Hollandais. Dans le camp Castor, je suis responsable, avec l’infirmière en santé mentale, du bureau du moral et bien-être qui est situé près des installations du wifi. Dans notre bureau, tous sont bienvenus et peuvent trouver des films, des gâteries, des articles d’hygiène et surtout deux professionnelles qui sont là pour aider, écouter et soutenir nos militaires déployés. 

Quelles sont vos tâches quotidiennes en mission?
La plupart du temps, je marche dans le camp pour voir les membres dans leur milieu de travail. Sinon, je suis à mon bureau où j’ai la chance de recevoir la visite de membres qui viennent parfois chercher un peu de moral. La chose que j’aime le plus dans mon travail, c’est que chaque journée est différente. Étant dans un petit camp avec une routine établie, le «syndrome du jour de la marmotte» arrive rapidement. Par exemple, je me lève vers six heures et je vais déjeuner à la cafétéria où je rencontre l’équipe de nuit qui s'attable pour «souper». J’ai donc la chance de les voir avant qu’ils aillent se coucher. 

Quelles sont les principales préoccupations des militaires déployés à l’étranger?
La communication avec nos proches est une préoccupation. Bien que nous ayons le wifi, son signal est faible. Nous devons également négocier avec les quatre à sept heures de décalage horaire qu’il y a par rapport au Canada, selon l’endroit où habitent nos proches. 

Adaptez-vous votre approche au niveau de spiritualité de chaque militaire rencontré?
Mon travail, en tant qu’aumônier, est d’assurer une présence signifiante et inspirante pour la force morale et spirituelle des membres de l’op PRESENCE et de les soutenir dans la réalisation de la mission. (…) 
Mon approche pastorale est de rester moi-même, de faire un bout de chemin avec les gens, de les écouter avec mon cœur et de les référer à d’autres ressources au besoin. La spiritualité se découvre et se développe au travers de nos chemins de vie. Je crois que notre rôle est d’aider les gens à cheminer dans leur spiritualité, qu’ils soient au début du chemin ou en plein milieu. Je reste toujours ouverte aux interrogations des gens concernant la spiritualité. 

Aidez-vous tous les militaires de votre camp ou principalement ceux ayant exprimé des besoins spécifiques?
Les besoins spirituels sont divers et il est important d’être à l’écoute de chacun, mais surtout d’innover. Même s’il n’y a qu’une seule personne qui vient prier avec moi, je considère que c’est quelqu'un avec qui je partage quelque chose de merveilleux. 

Depuis plusieurs années, je pratique la méditation pleine conscience. J’ai suivi plusieurs formations et participé à des retraites de silence et de méditation. Depuis mon arrivée, j'offre des séances de méditation accompagnées. Je choisis un thème qui est ensuite développé pendant les trente minutes que dure la méditation. Nous avons commencé par une séance par semaine. L'intérêt est tel que j’offre maintenant trois séances de méditation par semaine. J'aimerais vraiment offrir des séances de méditation à mon retour à Valcartier! 

Quelle a été votre préparation pour cette mission?
Depuis le mois de septembre 2018, j’ai participé avec d’autres membres de l’op PRESENCE à la montée en puissance. J’ai participé aux formations données à Valcartier, mais aussi à Kingston. Ces moments sont essentiels pour un aumônier, car ils nous permettent de rencontrer les gens avec qui nous serons déployés. 

Comment gagnez-vous la confiance des gens?
La confiance se gagne avec le temps. C’est pourquoi l’aumônier fait ce qu’on appelle le ministère de présence, qui est essentiel à son travail. Il se fait ainsi connaître au sein de la troupe et il fait connaissance avec les membres qu’il sert. En tant que le seul membre non combattant de la troupe (seul à ne pas porter d’arme), il peut être difficile de s’intégrer dans la culture opérationnelle militaire, surtout en déploiement. C’est pourquoi je dois montrer une grande écoute, et garder un esprit collaboratif avec la chaîne de commandement et les autres intervenants concernés afin de servir les militaires déployés avec moi et les membres de leur famille.

Quelle est l’importance du respect de la confidentialité dans votre travail?
C’est primordial. Sans confidentialité, je ne pourrais pas faire mon travail. Les gens sont extrêmement généreux lorsqu’ils partagent leur histoire de vie avec moi. C’est un grand privilège et je leur dois tout mon respect. Bien entendu, il y a des choses que je ne peux garder pour moi, comme si quelqu’un veut se faire du mal ou faire du mal à quelqu’un ou encore commettre un crime. 

Quel rôle joue votre foi dans vos interactions avec les militaires?
Je suis agente de pastorale dans l’Église catholique romaine. Dans mon Église, nous avons ce qu’on appelle le chemin de la croix. Ce sont 14 stations où l’on voit Jésus vivre les dernières étapes de sa vie jusqu’à sa résurrection. Pour moi, on retrouve beaucoup de ce qu’on vit en tant qu’être humain dans ce chemin. On porte chacun, à notre façon, nos propres croix. Quand elles deviennent lourdes, on retrouve des gens sur notre chemin qui nous aident à les porter. Je raconte cependant très rarement le rôle de ma foi aux militaires.

Quels sont les plus grands défis ou difficultés de votre métier?
Je crois que c’est le fait d’être le «un de un» dans une unité. En mission, comme dans mon unité, je suis le seul aumônier. Plusieurs me posent la question : «Padré, vous vous occupez de nous, mais qui s’occupe de vous?» Je suis très privilégiée, car je profite d’un système de soutien d’aumôniers très présent. Les padrés sont là pour les padrés. 

Quel élément de votre travail vous passionne le plus?
Sans hésitation, ce sont les gens que je rencontre. J’ai la chance de pouvoir faire des rencontres qui changent à chaque fois ma vie. C’est un travail tellement enrichissant! 

Pouvez-vous identifier quelques valeurs inspirantes universelles communes à plusieurs religions?
Selon ma connaissance de certaines religions, je crois que plusieurs parlent d’amour, d’espérance et de foi.
– Le magnifique message d’amour, d’aimer Dieu et son prochain. D’essayer de faire le bien autour de soi et pour soi. 
– L’espérance : l’espoir que demain sera meilleur. Que ce qu’on fait aujourd’hui, bien ou mal, aura une influence sur demain.  
– La foi : gardons la foi en Dieu et aussi dans les hommes et femmes. Garder la foi que la vie vaut la peine d’être vécue malgré les épreuves difficiles qui nous arrivent.

Pouvez-vous décrire brièvement le programme Sentinelle et son importance?
Le programme SENTINELLE est composé de non-spécialistes formés et supervisés, dont le mandat consiste à améliorer les contacts humains au quotidien, grâce à l’adoption d’un ensemble de comportements et d’attitudes auprès de certains de leurs pairs. 

Je crois énormément en ce programme. Les gens qui acceptent de suivre cette formation font une réelle différence. (…) Parfois, on oublie qu’on est des humains et non des robots. Nous vivons des choses qui ont un impact sur notre travail. La sentinelle accepte d’écouter avec son cœur. Depuis mon arrivée, j’ai formé plus d’une centaine de personnes à ce programme extraordinaire. 

Que retiendrez-vous de cette mission au Mali?
Je retiendrai que j’ai fait la rencontre de gens extraordinaires et dévoués. Des gens qui ont sacrifié sept mois de leur vie pour participer à une mission où nous avons sauvé plusieurs vies. Chacun de nous a contribué au succès de cette mission. 

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