Le projet humanitaire de Stéphanie Dussault

 
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27 mars 2019, Édouard Dufour, Adsum

Stéphanie Dussault est chargée de projets pour Construction et Défense Canada, à la Base Valcartier. Depuis 2012, cette architecte de formation collabore à la construction de maisons pour des personnes vulnérables vivant dans le village de Triunfo de la Cruz, au Honduras.

Des maisons pour un village du Honduras, (photo Facebook).

Il y a sept ans, Mme Dussault enseignait l’architecture au Cégep de Saint-Laurent. Elle a alors reçu un appel téléphonique de Miguel Farines, fondateur de l’organisme à but non lucratif Garif’Onda. L’homme avait besoin d’une expertise professionnelle en architecture afin d’aider sa fondation à construire des maisons pour la tribu des Garifuna, au Honduras.

«La tribu n’est pas soutenue par le gouvernement et 50 % de sa population est âgée de moins de 10 ans. Il n’y a pas de service d’eau potable, de voirie ou de gestion des déchets», souligne Stéphanie Dussault.
Après une première visite de la tribu en 2012, Mme Dussault décide de mettre en place un projet parascolaire au sein de cette communauté en impliquant une trentaine de ses étudiants d’alors. C’est donc en 2013 que ce groupe a construit une première maison pour une mère monoparentale Garifuna se déplaçant en fauteuil roulant. 

De cette première expérience est né le stage en entreprise et en coopération internationale du Cégep de Saint-Laurent. Mme Dussault continué sur cette lancée en fondant l’organisme Projet solidaire, grâce auquel des groupes d’étudiants, de retraités et de professionnels participent à la construction d’une nouvelle maison chaque année au Honduras.

Projet solidaire en est maintenant rendu à six maisons en sol hondurien. Des élèves de l’école secondaire Saint-Jean-Eudes, à Charlesbourg, ont notamment contribué à bâtir plusieurs de ces habitations au cours des dernières années.

Maison, marché et clinique
La construction d’une maison représente une grosse charge de travail, et les ressources locales sont limitées. Les efforts débutent dès l’arrivée du groupe de coopérants. Ils coupent des bambous et épluchent des tiges de canne à sucre, qui serviront de matériaux pour bâtir les murs de la maison. Un chef de chantier, un aide-menuisier et un charpentier de l'endroit sont toujours mis à contribution. 

Pour leur hébergement, les bénévoles peuvent compter sur une douzaine de familles d’accueil qui, en échange, reçoivent des allocations. Ainsi, c’est l'ensemble de la communauté qui bénéficie du projet.
Les organisateurs des OBNL Garif’Onda et Projet solidaire sont constamment à la recherche de nouveaux défis. Selon Stéphanie Dussault, l’un des prochains projets en lice est la construction de kiosques dans le but d’aménager un marché public au centre du village. «On veut permettre aux gens d’apporter les produits qu’ils font. L’argent et le troc se développeront encore plus à l’intérieur du village», souligne Mme Dussault. L’installation d’ordinateurs dans le village, bien que la majorité des citoyens aient déjà accès à Internet grâce à leur téléphone mobile, est un autre projet que caressent les organisateurs.

Les deux organismes d’aide souhaitent également compléter l’aménagement intérieur de la clinique médicale qu’ils ont récemment mise sur pied. Plusieurs professionnels de la santé du Québec, incluant des médecins et un dentiste, ont déjà confirmé qu’ils feront du bénévolat à la clinique dès son ouverture. Le système hospitalier du Honduras est semi-privé. Les consultations médicales sont gratuites, mais tous les coûts liés à l’utilisation de l’équipement médical sont facturés aux patients.

Immersion culturelle
La majorité des jeunes de la communauté Garifuna vont à l’école. La priorité pour les parents est que leurs enfants obtiennent leur diplôme d’études secondaires. Les familles qui ont plus de moyens peuvent envoyer leurs enfants à l’école supérieure, l’équivalent du cégep pour le Québec. Si les parents n’ont pas suffisamment d’argent, la communauté peut couvrir les frais de scolarité. «C’est un exemple parfait d’entraide sociale. Personne ne meurt de faim ou ne dort dans la rue. Les habitants pratiquent la pêche communautaire au filet et au harpon. Les familles dont les besoins sont criants peuvent se présenter près des bateaux pour recevoir des poissons», décrit Stéphanie Dussault.

«Au Québec, on associe beaucoup le bonheur aux possessions matérielles. C’est parfois un choc pour les bénévoles de côtoyer des gens qui n’ont rien, mais qui sont par contre très heureux. Les enfants du village rient et dansent dans les rues. Ils sont heureux de ce qu’ils ont», confie Stéphanie Dussault. 

«Plusieurs de nos jeunes bénévoles ressentent le besoin d’être très performants dans les sports qu’ils pratiquent. Ils réalisent que construire une maison pour une maman qui vit dehors peut aussi grandement augmenter leur sentiment d’accomplissement», ajoute-t-elle. «Certains reviennent chamboulés de leur expérience au Honduras. C’est notre but! Nous souhaitons leur faire vivre une expérience unique et leur donner les outils nécessaires pour qu’ils en retirent quelque chose de plus!»

Considérée comme bien immatériel de l’humanité, la culture Garifuna, incluant son art, ses danses et son propre langage, est protégée par l’UNESCO. Les habitants de la tribu sont majoritairement de confession voodoo, le reste des citoyens étant baptistes, chrétiens ou musulmans.