Croisade dans les tropiques pour les combattants du 3 R22eR

 
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13 mars 2019, Édouard Dufour, Adsum

Il y en a qui partent en croisière dans les tropiques et d’autres qui y vont pour ce qui a davantage l’allure d’une croisade contre l’épuisement et l’adversité. C’est le cas des membres du 3e Bataillon, Royal 22e Régiment (3 R22eR) qui ont suivi un stage intensif d’aguerrissement en zone tropicale.

Le caporal-chef Marc-André Roberge a réussi la formation d'aguerrissement
en zone tropicale. (Photo : courtoisie)

La trentaine de membres de la compagnie B se trouvait en Martinique du 4 au 22 février, plus précisément au Centre nautique et d’entraînement en forêt (CNEF). Ils étaient hébergés à Fort Desaix, une illustre fortification historique de France datant de 1768.

C’est le 33e Régiment d’infanterie de marine (33 RIMa) qui dirigeait l’entraînement des Canadiens. Ceux-ci ne sont pas près d’oublier ce que le régiment d’élite français leur réservait... Le journal Adsum s’est entretenu avec le caporal-chef Marc-André Roberge à son retour de cette expérience exigeante mais formatrice. Au cours de sa carrière, ce militaire d’expérience été déployé en Afghanistan, en Ukraine et au Niger.

Le Cplc Roberge raconte que ses coéquipiers et lui ont d’abord eu droit à trois jours pour s’acclimater à la chaleur et au taux accablant d’humidité de la Martinique. Grâce à de longues marches de plusieurs kilomètres, ils ont pu découvrir la topographie diversifiée de l’île présentant des étendues désertiques, d’épaisses forêts et des plages.

Soumis à de rudes épreuves
La première phase du cours a démarré en trombe avec des épreuves physiques et mentales se suivant les unes après les autres.
Sous la supervision des membres du 33 RIMa, les militaires canadiens ont participé à des exercices amphibiens comportant des insertions furtives en kayak, en zodiac et à la nage avec palmes. Ils ont notamment affronté une piste à obstacles aquatique d’une distance s’apparentant à la piste terrestre de la Base Valcartier. La traversée sous l’eau d’un obstacle long d’une dizaine de mètres comptait parmi les obstacles. Pour cette épreuve, déconseillée aux claustrophobes, l’échec n’était pas une option.

Après avoir «profité» de la mer, les membres du 3 R22eR ont pu aller à la montagne pour tester leur résistance physique en escaladant une paroi rocheuse.
La première phase du stage s’est poursuivie avec une course d’orientation faisant appel aux aptitudes cognitives et à l’esprit d’analyse des candidats. Ceux-ci devaient trouver leur chemin en parcourant sept kilomètres sur un terrain accidenté, à l’aide d’une carte réduite à sa plus simple expression.

Que faire lorsqu’un frère ou une sœur d’armes est blessé dans un milieu austère, loin de tout transport ambulancier? La réponse : bricoler rapidement une civière avec des moyens de fortune pour évacuer le blessé. Le stage en zone tropicale prévoyait justement ce genre de scénario. Les membres de la compagnie B devaient assembler rapidement un brancard, à partir de rondins de bois et de bouts de cordes. S’en suivait le transport du blessé vers un point situé six kilomètres plus loin, sur un terrain en pente ascendante. Le Cplc Roberge n’hésite pas à qualifier cette laborieuse épreuve de «paiement».
La première phase de la formation s’est conclue par l’apprentissage du «C4», un style de combat à mains nues pratiqué par les militaires français. «Ce sont des techniques de combat très agressives qui sont utilisées par un militaire portant son équipement», souligne le Cplc Roberge.

Une deuxième phase impitoyable
La phase suivante du cours se déroulait en forêt et débutait avec une marche en montagne de plusieurs kilomètres menant à un bivouac. Le défi ce jour-là en a été un de résilience, puisque les 30 militaires canadiens ont dû se contenter de quatre tasses de riz pour se nourrir.
Cette deuxième phase visait aussi à enseigner aux participants à construire des tyroliennes et des passerelles permettant de franchir d’importants obstacles aquatiques ou de profondes crevasses dans le sol.

Le maintien de l’hygiène en forêt pour éviter les infections, l’approfondissement des techniques de combat C4 et la réalisation d’embuscades figuraient également au programme.
Les participants ont dû ensuite effectuer individuellement un parcours de franchissement d’obstacles. Le Cplc Roberge affirme que ce parcours exigeait un grand effort cardiovasculaire ainsi que la maîtrise de plusieurs techniques. Il souligne que tous les membres du 3 R22eR ont été capables de diminuer leur temps personnel lors de leur deuxième traversée du parcours, malgré leur épuisement.

Prêts à en baver
Une épreuve cruciale du stage de formation est ensuite arrivée : la simulation de conduite après capture. Alors qu’ils s’apprêtaient à être séquestrés, cagoulés et chahutés par leurs geôliers français, les combattants de la compagnie B ont démontré leur remarquable esprit de corps en entonnant des chansons typiquement québécoises. Selon Marc-André Roberge, les instructeurs français ont été abasourdis par cette attitude positive typiquement canadienne.

La simulation s’est ensuite déroulée comme prévue. Agenouillés au sol, la vision obstruée par une cagoule, les Canadiens ont enduré les cris de leurs ravisseurs et la présence déstabilisante de chiens à quelques centimètres d’eux. En équipe de deux, ils devaient se faufiler à l’aveugle vers la sortie pendant que de l’eau leur était lancée au visage. Après une série d’exercices cardiovasculaires intensifs, un ring les attendait. Les coéquipiers devenaient des rivaux et devaient s’affronter dans un combat sans merci de boxe.

Au cours des trois derniers jours de leur stage, les participants ont lancé un raid final pendant lequel ils ont dû mettre en pratique l’instruction reçue pendant le stage. Le peloton du 3 R22eR a dû gravir le mont Pelée, affronter l’ennemi, et orchestrer une progression tactique et nautique entre La Trinité et Le François, deux communes françaises. Ce test final s’est conclu par une confrontation au corps à corps de haute intensité opposant les troupes du 3 R22<V>e<V>R à trois militaires français lourdement équipés.

La compagnie B du 3 R22eR est la seule au Canada à être dotée d’une composante «jungle». Le stage intensif d’aguerrissement en zone tropicale du CNEF répondait à la volonté du bataillon de développer cette compétence unique. À l’exception de trois blessés, tous les candidats canadiens se sont vus décerner un badge de commando et un certificat attestant leur réussite