Santé mentale : vibrant témoignage d'un jeune vétéran du 2 R22eR

 
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13 février 2019, Édouard Dufour, Adsum

Le 30 janvier, le caporal-chef à la retraite Jonathan Thériault était de passage à la Base Valcartier, et ce, pour la toute première fois depuis sa libération pour raison médicale en 2013. Maintenant porte-parole pour la journée Bell cause pour la cause, il a saisi le microphone devant des militaires et des civils rassemblés à l’extérieur du Centre des sports de la Base, afin de raconter l’histoire qui est la sienne.

Le Cplc (ret) Jonathan Thériault (à gauche) a livré un témoignage à la fois simple et touchant.
(Photo par Sdt Kevin Turgeon, Imagerie Valcartier)


Ce sont des blessures physiques causées par l’explosion d’un véhicule en Afghanistan qui ont mené à la libération des Forces armées canadiennes (FAC) du jeune fantassin. Ce n’est que plus tard que le Cplc (ret) Thériault a reçu un diagnostic de trouble de stress post-traumatique (TSPT) sévère.
«Personne n’était alors au courant de ma santé mentale. J’ai consulté une travailleuse sociale en cachette pendant plus d’un an. J’avais peur de perdre ma carrière et d’être jugé par mes pairs», a expliqué Jonathan Thériault à l’assistance.

«Ce fut une période dramatique de ma vie avec l’apparition de plusieurs symptômes de stress post-traumatique. Après avoir donné mes ordres, je me cachais dans la chambre des sergents de la Citadelle de Québec pour pleurer. Personne ne le savait et je voulais performer», a ensuite confié l’homme de 36 ans. 

«Je n’étais plus le même à mon retour d’Afghanistan. J’y ai vu la famine, la pauvreté et la guerre pendant sept mois et demi. À notre retour au pays, on passe d’un environnement dans lequel notre vie est en danger 24 heures par jour, sept jours par semaine, à un autre où nous sommes en sécurité. On retourne à l’entraînement comme si on n’avait jamais connu la guerre. (…) Après ma mission, j’ai été six mois à constamment vérifier si j’avais mon arme à mes côtés. Je me sentais dénudé sans elle», admet Jonathan Thériault.

«Il a fallu que je me rende jusqu’à une tentative de suicide. Je me suis réveillé d’un coma artificiel à l’urgence. J’ai perdu ma femme parce qu’elle n’était plus capable de vivre avec ça. Je suis par contre heureux de vous dire que j’ai eu tort. J’ai finalement osé demander de l’aide. Je suis maintenant suivi par des professionnels et j’accepte ma condition», a raconté le vétéran à ses camarades.

«C’est un plaisir d’être ici avec vous. Je reconnais des visages et ça fait du bien d’être de retour dans sa famille. C’est dur de quitter l’armée parce qu’on perd cette unité et la camaraderie qu’on développe lors des entraînements et en mission. C’est aussi plus facile de surmonter un défi en groupe plutôt que seul. Allez voir vos commandants et les différents organismes. N’ayez pas honte de leur demander de l’aide. Ils sont là pour vous!», a aussi fait valoir l’ancien militaire.

Vivre avec le TSPT
Selon le Cplc (ret) Thériault, veiller à sa santé mentale passe d’abord par une saine hygiène de vie. «Bien se nourrir, faire de l’activité physique et dormir est important. Ceux qui intègrent ces trois éléments à leur quotidien seront capables de mieux gérer leur TSPT», souligne-t-il. 

Le militaire à la retraite précise qu’il fonctionne maintenant comme un feu de circulation, avec des périodes où tout semble bien aller (au vert) et d’autres (au rouge) dans lesquelles les symptômes du TSPT reviennent en force. En plus des cauchemars nocturnes récurrents, il explique que sa capacité à se concentrer est affectée par son TSPT. «Mon cerveau roule tout le temps et c’est difficile pour le corps. J’entreprends plusieurs petites choses, mais j’ai maintenant de la difficulté à les finir. Tout ça me prend des journées et beaucoup d’énergie», témoigne celui qui a tout de même décroché une attestation d’études collégiales en estimation de bâtiment, et ce, malgré les obstacles engendrés par sa condition médicale. «À 36 ans, tu es censé travailler et être au pic de ta carrière. C’est certain qu’il y a un gros deuil professionnel. Il faut accepter ces changements et être honnête avec soi-même, ce qui prend du temps», raconte-t-il au sujet de ses limitations.

Concernant la détonation qui a changé sa vie en Afghanistan, le Cplc (ret) Thériault est sans équivoque : «J’échangerais bien cet incident-là. Je récupèrerais les chums que j’ai perdus et j’éviterais toutes ces blessures physiques. Je donnerais n’importe quoi pour pouvoir jouer de nouveau au hockey. (…) J’ai appris à vivre avec mes limitations et je les accepte, mais c’est difficile de changer ce que tu es», relate-t-il. 

L’ancien militaire semble avoir fait la paix avec son passé. «Je suis fier d’être un vétéran. En 2016, j’ai pris part à une cérémonie du jour du Souvenir. J’étais fier d’être là», conclut le Cplc (ret) Thériault. Ce dernier souhaite continuer à prendre part à des conférences dans le futur, afin de discuter avec ses anciens collègues militaires des enjeux de santé mentale.