Pourquoi nous privons-nous de ce dont nous avons besoin?

 
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23 juillet 2020- 
Padre (capitaine) Rebecca Bates – Service de l’aumônerie, Groupe de soutien de la 2e Division du Canada


Où que nous soyons, nous entendons sans cesse les gens dire qu’il est primordial de prendre soin de soi. Nos vies semblent plus occupées que jamais, et la liste des choses à faire, tant au travail qu’à la maison, nous paraît interminable. Depuis que la COVID-19 est entrée dans nos vies, nous n’avons plus le luxe d’essayer de séparer travail et vie de famille. Désormais, profiter d’une bonne tasse de café, ce n’est que le week-end que nous pouvons le faire… et encore! 

Les effets d’un mode de vie aussi effréné sont évidents, et on en parle souvent dans les médias : augmentation du taux d’obésité, maladies cardiaques, ruptures conjugales, boulomanie. Nous entendons souvent dire que prendre soin de soi est essentiel. Or, trouver le temps pour le faire semble être un rêve irréalisable. Nous estimons plutôt que notre emploi du temps ne nous permet pas de prendre une pause ou nous la reportons à la semaine suivante. Cependant, à force de toujours reporter ce moment nécessaire, nous faisons de notre bien-être l’une de nos toutes dernières priorités. Et si nous nous étions trompés sur ce que cela signifie de prendre soin de soi?



Il suffit de faire une recherche rapide dans Google sur la prise en charge de sa santé pour constater que les suggestions et les résultats se ressemblent tous, c’est-à-dire, que l’on propose d’aller marcher, de faire de l’exercice, de manger son repas du midi ou, pour ceux et celles qui veulent se gâter, de prendre un bain moussant ou de partir en week-end. Nous aimons toutes ces choses, certes, mais les trois premières options ne me viennent pas à l’esprit lorsque je pense à prendre soin de moi-même. J’aime m’entraîner, j’en conviens, mais je reconnais également que, dans le cadre de mon métier, je dois être en bonne condition physique et prête à partir en mission. 

Il est dans mon intérêt de prendre le temps de dîner, mais c’est aussi dans l’intérêt des gens qui m’entourent, car ils ne veulent pas subir ma mauvaise humeur parce que j’ai faim. Mais encore, à mon avis, il s’agit d’une nécessité: nous mangeons pour entretenir notre corps, tant sur le plan physique que mental. Effectivement, je dois faire de l’exercice et aller marcher pour rester en bonne forme physique et être apte au travail dans les Forces armées canadiennes. Et je dois manger mes repas, car il s’agit d’une source d’énergie pour mon corps. Quand notre façon de penser a-t-elle changé? Pourquoi présumons-nous aujourd’hui qu’il est normal de ne pas faire de l’exercice ou de ne pas prendre nos repas? 

Je sais aussi bien que quiconque que nos journées peuvent être chargées. Je connais le stress que cela représente d’avoir trop de courriels auxquels il faut répondre, d’avoir trop de rapports à rendre, de devoir composer avec une pénurie de personnel et d’assumer de triples fonctions. Je sais que nous sommes parfois contraints à dîner à notre bureau et à boire plus de café que d’eau. Nous devons travailler fort pour avancer, pour venir à bout des courriels, des rendez-vous et autres. Il devient alors facile d’adopter de mauvaises habitudes, qui deviennent la norme. Nous ne nous entraînons plus tous les jours parce que nous voulons répondre à quelques courriels. Nous dînons à notre bureau, ou nous remplaçons notre dîner par un café, pour pouvoir terminer un rapport. Notre santé commence à en subir les conséquences, mais, qu’à cela ne tienne, nous faisons des progrès, du moins sur papier, car nous parvenons à respecter nos échéances. 

Soudainement, l’idée de prendre soin de soi devient, en fait, ce que l’on devrait considérer comme «de l’entretien de soi», que l’on définit comme étant «l’acte de s’entretenir soi-même; notamment l’acte de s’occuper et de prendre soin de soi-même». Prenons la question sous un autre angle. Imaginez que votre enfant est à l’école (avant la COVID-19) et que le directeur vous envoie une note dans laquelle il indique avoir émis une nouvelle directive selon laquelle les élèves n’auront dorénavant droit aux récréations et à leur dîner que s’ils parviennent à terminer tous les travaux scolaires et leurs devoirs à temps. Comment réagiriez-vous? 

Timmy éprouve de la difficulté en mathématiques et il doit donc presque chaque jour terminer son travail à la maison, après l’école, ou le lendemain. Cela signifie qu’il n’aura pas de pauses à l’école, qu’il ne pourra pas aller à l’extérieur, et pire encore, qu’il ne pourra pas manger. Les parents inquiets et en colère ne tarderaient pas à accuser le directeur de cruauté envers leurs enfants, car ceux-ci ont besoin de pauses pour apprendre et pour interagir avec les autres, et ils ont besoin de manger. C’est une question de bon sens. Les adultes aussi ont besoin de pauses pour se reposer l’esprit, ils ont besoin d’interaction sociale et ils ont besoin de nourriture pour fonctionner. Nous avons besoin d’exercice pour rester en bonne forme physique pour exercer notre profession. Pourquoi nous privons-nous alors continuellement de ce dont nous avons besoin? 

Il nous incombe d’entretenir notre corps et de faire de notre santé mentale et de notre bien-être des priorités. Cela signifie que nous devons nous sentir assez confiants pour fixer des limites et les respecter. Entraînez-vous selon un horaire régulier et dites à vos collègues que ce temps est obligatoire. Assurez-vous de manger votre dîner. Fixez un dîner de travail s’il le faut, mais ne restez pas à votre bureau. Si votre charge de travail est trop lourde, avisez votre supérieur et dites-lui que vous avez besoin d’aide. 

Bien que les heures supplémentaires vous permettent de gravir plus rapidement les échelons du tableau de mérite, cela ne sert à rien si vous souffrez d’épuisement professionnel ou développez un problème médical qui entraîne une libération précoce. Ne vous dites pas que vous prenez soin de vous lorsque vous ne faites que combler des besoins de base comme vous nourrir, faire de l’exercice et dormir. Dites-vous plutôt qu’il s’agit d’un entretien fondamental de soi. Réservez plutôt les petits extras pour vous dorloter ou nourrir votre esprit lorsque vous vous sentez stressé ou voulez faire quelque chose pour vous faire plaisir, qu’il s’agisse d’aller à la pêche ou de prendre un long bain moussant. Entre temps, remplissez votre bouteille d’eau et allez marcher. C’est l’heure du dîner! 


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Why are we depriving ourselves of what we need?


Padre (Captain) Rebecca Bates – Chaplaincy, 2nd Canadian Division Support Group

Everywhere we look, we hear it - people speaking about the importance of self-care. Our lives seem busier than ever before, and the “to do list”, both for work and for home, seems never-ending. Now that COVID-19 has entered into our lives, we no longer have the luxury of attempting to separate work and home life from each other. Having time to sit and actually enjoy a cup of coffee is now relegated to a weekend only occurrence- if we’re lucky. 

The impact of this fast-paced lifestyle is evident, and is regularly discussed in the news, ranging from an increase in obesity, heart-related diseases, marital breakdowns and workaholism. We often hear of the importance of self-care, however finding the time to engage in it seems like a laughable dream. ‘Not with my current schedule!’ we think to ourselves. ‘Maybe next week.’ As easy as it is to kick the can further down the road, each time we do, we push ourselves as a priority further and further back. What if we’ve been thinking about self-care all wrong?

A quick google for self-care topics seems to reveal similar results and suggestions- go for a walk, exercise, eat your lunch, or the more indulgent options- take a bubble bath, have a weekend away. While it may be true that we enjoy doing all of these things, it seems as though the first three options aren’t exactly what I think of when the term ‘self-care’ comes to mind. Yes, I enjoy exercising, however I also am aware that it is a requirement of my trade to be operationally fit and ready to deploy. 

Taking the time to eat my lunch is done both for my own benefit, as well as for the benefit of those around me not wanting to suffer when I am hungry. Again, however, this seems to fall into a ‘need to do’ category; something that is required for both the upkeep of our bodies, both for mental and physical reasons. I need to exercise and go for walks in order to keep myself healthy and be employable in the CAF. I need to eat my meals because my body runs on fuel. When did our thought process change to assume it is normal to not exercise, or to not eat our meals? 



I understand as well as anyone how busy our days can become. I know the stress of having too many emails to respond to, too many reports due, struggling with being understaffed and triple hatted. I know that there are some days where we are, begrudgingly, forced to eat our meal at our desk, and drink more coffee than water. We need to work hard to get ahead, to get on top of the emails, on top of the appointments, on top of everything. When trying to get ahead, it becomes easy for bad habits to become the norm. We stop going to the gym every day because we want to work on some emails. We eat lunch at our desk, or we replace it with a coffee, in order to complete a report. Our health starts to slip, but we’re making progress, at least on paper, with getting replies in on time. 

Suddenly the idea of ‘self-care’ becomes, in reality, what should normally be considered ‘self-maintenance’. Self-maintenance is defined as “the act or process of maintaining oneself; especially the act or process of attending to and caring for oneself”. To put things into a different perspective- imagine your child is at school (let’s say, pre-COVID-19). Imagine you had a note from the school principal, stating that a new directive has been put in place, that children will only be permitted recess, and be permitted to eat their lunch if they are able to complete all the school work and homework on time. How would you react? 

Timmy has a hard time with math, and almost every day, he has to complete it at home, after hours, or the next day. This means that, for the amount of time at school, he will not have any breaks, time outside, or, importantly, food. The principal would have a line of angry, concerned parents at his door the next day, and would be threatened with child cruelty. Children need breaks to learn, to interact with others, and they need to eat. This is common sense. Adults, too, need breaks to let their minds rest, need social interaction, and need food to function. We need to exercise to keep our bodies in shape for the job we have. Why then, do we continuously deprive ourselves of what we need? 

It behooves us to maintain our bodies, and to prioritize our own mental health and well-being. This will mean having the confidence and stamina to set up boundaries and be firm with them. Maintain a regular gym time, and let others know that it is not optional. Ensure you eat your lunch. Have a working lunch if necessary but change up the scenery to ensure you’re not eating at your desk. If you’ve too much on your plate - let your supervisor know that you need help. 

While working overtime may move you ahead in the merit boards faster, it is worthless if you burn out, or develop a medical condition and have to be released early. Stop labeling basic necessities such as eating, exercising, and sleeping into the category of ‘self-care’. Label them for what they are, basic self-maintenance. When you are stressed, when you need to do something for you - then do the ‘self-care’ things, the little extras that make yourself feel pampered and which feed your soul, whether it be going fishing, or taking a long bubble bath. But until then - go fill your water bottle, step away from your desk and go for a walk. It’s lunch time! 

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