« Op Créativité » : la mission des padres au sein d’Op LASER

 
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9 juin 2020- Padre Samuel Farrugia, aumônier, Garnison Saint-Jean

Depuis plusieurs semaines, des aumôniers des Garnisons Montréal et Saint-Jean, de la Base Valcartier, ainsi que des padres réservistes des 34e et 35e Groupes-brigades du Canada prennent part à Op LASER. Ils soutiennent les membres des Forces armées canadiennes (FAC) oeuvrant dans les centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD). 


Les militaires déployés vivent une mission particulière; ils font des tâches que la plupart d’entre eux n’auraient jamais songé à faire en tant que membres des Forces. Et pourtant, ils font leur boulot avec détermination, compassion et professionnalisme.


Le padre Éric Doiron, de la Garnison Montréal.

Les padres ont également dû s’adapter à la réalité de cette opération afin d’accompagner les militaires quant à leur spiritualité, leur moral et leur bien-être holistique. Pour différentes raisons, cette opération aurait pu s’appeler « Op CRÉATIVITÉ ». D’ailleurs, l’idée d’envoyer des militaires dans les CHSLD n’était-elle pas créative? 

Bien entendu, les FAC s’attendent à faire face à des défis et à devoir contourner des obstacles: l’important est de faire preuve d’innovation et de courage afin de trouver des solutions et d’accomplir la mission. Comme on dit : «Il faut que ça marche!»

Créer est un acte humain

Il ne faut pas s’étonner que les padres se soient montrés créatifs. Un élément fondamental de la pensée juive, chrétienne et musulmane est de concevoir Dieu comme étant le Créateur de toutes choses («Je crois en Dieu… créateur du ciel et de la terre»). 


Le padre Daniel Sandu, du 34e Bataillon des services à Saint-Hubert.

Bien que la plupart des croyants monothéistes ne prétendent pas savoir comment Dieu a tout créé, ils sont d’accords pour affirmer que le secret des origines se trouve chez Dieu. Selon la pensée chrétienne, les être humains sont créés «à l’image du Dieu». Il existe d’innombrables écrits sur le sens de ces quelques mots qui se retrouvent dans la Bible, dans les pages du livre de la Genèse (qui signifie « origines »). 

J’aimerais souligner un aspect de cette idée profonde. Si nous sommes créés à l’image du Créateur, il va de soi que nous sommes des cocréateurs. Nous n’avons pas la capacité de créer «à partir de rien» (comme la tradition chrétienne affirme au sujet de la genèse de l’univers), mais nous avons celle de créer à partir de ce qui existe déjà sur notre planète. Il n’y a rien de plus humain que de créer, d’user de notre créativité pour exprimer qui nous sommes et ce que l’on croit au sujet du monde dans lequel nous nous trouvons. 


Le padre Samuel Farrugia, de la Garnison Saint-Jean.

Les aumôniers se sont inspirés de leur conviction que l’univers n’est pas absurde et que leur travail n’est pas vide de sens, même s’il est rempli de frustrations, mais aussi d’accomplissements. En fait, notre monde est rempli du sens qui lui a été donné au-delà de l’aube des temps par le Créateur.

J’aimerais vous parler des trois facteurs clés qui permettent aux padres déployés sur Op LASER d’incarner cette attitude résiliente qui nous pousse à trouver des solutions innovatrices afin d’accomplir une mission, peu importe les circonstances dans lesquelles ils se retrouvent.
 
La débrouillardise : premier facteur de résilience


Dès le début de l’opération, les padres ont fait face à un défi important: soutenir des centaines de militaires, hébergés dans cinq hôtels, et travaillant dans une vingtaine de CHSLD répartis sur une vaste zone géographique. La logistique a été le premier obstacle à contourner. Comment se rendre où étaient les militaires et identifier le moment où ils étaient disponibles pour assister à une séance de «debriefing» avec leur aumônier? Puisque différents pelotons avaient différents quarts de travail, c’était du sport pour les padres de «mettre la main» sur les groupes pour leur parler et permettre aux militaires d’exprimer leurs peines et leurs joies.  


M. Tony Rettino, peintre, est venu s’entretenir avec les militaires. 

Ainsi, dès qu’il a mis ses pieds sur le terrain, le padre Éric Généreux, qui appartient au régiment The Royal Canadian Hussars et qui œuvre habituellement aux Garnisons Montréal et Saint-Jean, a remué ciel et terre pour mener à bien la mission. «Comme réserviste, c’était ma première expérience en théâtre d'opérations», explique-t-il. «Magnifique expérience que de servir les militaires et ce, quotidiennement. Que ce soit lorsqu'ils partaient ou revenaient des CHSLD, en leur servant le café le matin, en faisant de l’entraînement physique avec eux ou en allant les visiter à leur porte pendant leur quatorzaine (la période d’isolement). Ce fut un temps inoubliable que d'être un signe d'espoir pour eux. » 

Chaque matin, les aumôniers quittaient leur maison pour se rendre au poste de commandement à Montréal, faisaient leur journée et rentraient chez eux en soirée. Les padres ont su établir des liens de communication avec la chaîne de commandement afin de rencontrer autant de militaires que possible pour les encourager à poursuivre leur mission en ayant une vision «humaine» de ce qu’ils vivaient.

Chaque fois que j’ai croisé un membre du Black Watch (Royal Highland Regiment) du Canada, on me disait à quel point on appréciait le padre Gary Karamanoukian, habituellement affecté à ce régiment et à la Garnison Saint-Jean. Avec son sourire contagieux et son énergie inépuisable, le padre Karamanoukian a su maintenir le moral des troupes hébergées à l’hôtel Crowne Plaza.

La technologie : 2e facteur de résilience

Alors que la mission évoluait, un autre défi s’est présenté aux aumôniers : comment continuer à exercer un ministère de présence auprès des membres des FAC qui se trouvaient soit en isolement, soit en quarantaine? Le padre Gaétan Bérubé, du 62e Régiment d’artillerie de campagne, à Shawinigan, s’est fait confier la tâche d’appeler les militaires en isolement à la Base Valcartier et ce, chaque jour. «Malgré tout, les militaires ont fait preuve d’une grande résilience et j’admire ce qu’ils ont fait», note-t-il. «Ils ont été des anges combattants qui ont lutté avec un sens profond du dévouement.»

Les aumôniers qui travaillaient à Montréal ont dû quitter leur zone de confort, s’approprier la technologie et accomplir leur mission. Le padre Daniel Sandu, du 34e Bataillon des services à Saint-Hubert, le Padre Traian Constantin, du 6e Bataillon, Royal 22e Régiment à Saint-Hyacinthe, le padre Éric Doiron, de la Garnison Montréal, et moi, le padre Samuel Farrugia, de la Garnison Saint-Jean, avons collaboré pour s’assurer que les militaires aient accès à diverses formations, malgré les défis de la pandémie et le contexte opérationnel.


Le padre Traian Constantin, du 6e Bataillon, Royal 22e Régiment à Saint-Hyacinthe.

Nous nous sommes servi de Webex, une plateforme de communication en ligne permettant de se parler de vive voix, bien qu’à distance. Cet outil de communication avait été utilisé par la chaîne de commandement, dès le début de l’opération. Les aumôniers ont ainsi pu continuer à communiquer avec les troupes et leur proposer une grande variété d’activités et de conférences sur les arts, l’esthétique personnelle et le soin de la peau, la spiritualité nordique (celle des peuples scandinaves, des Viking), la Bible, la résilience spirituelle, des témoignages et la formation Sentinelles (voir l’encadré à la fin de l’article qui explique ce programme), pour ne donner que quelques exemples.

La collaboration : 3e facteur de résilience

Certains padres déployés relèvent de la Force régulière, d’autres sont des réservistes en classe B ou C. Faire équipe avec du nouveau monde, en contexte d’opération, n’est pas toujours chose facile. Les aumôniers ont su se mettre ensemble et se soutenir les uns les autres. 



Barry Crago est travailleur social au Centre de ressources pour les familles des militaires,

Il faut aussi souligner le personnel civil qui a collaboré avec les padres afin d’encourager et ressourcer les troupes. Barry Crago, un travailleur social du Centre de ressources pour les familles des militaires, a participé aux formations Sentinelles, comme il a l’habitude de faire à la Garnison Saint-Jean. De nombreux conférenciers invités – artistes, esthéticiennes, spécialistes religieux/spirituel – ont offert de leur temps et participé à la mission des aumôniers. Également, des militaires qui n’étaient pas déployés sur Op LASER ont consacré du temps à soutenir le travail des aumôniers au niveau technique. Sans l’esprit de solidarité dont toutes ces personnes ont fait preuve, la mission des padres aurait été très appauvrie.

Somme toute, les padres déployés sur Op LASER ont fait preuve d’originalité, de résilience et d’esprit d’équipe. J’invite tous les militaires à prendre le temps d’aller saluer leur padre lorsqu’ils seront de retour à leur unité afin de lui raconter leur déploiement. Votre aumônier sera là pour vous accueillir et cheminer avec vous vers l’avenir que nous créerons tous ensemble.

 
Qu’est-ce que le programme Sentinelles? 
Dans les installations de la Défense, ce programme prépare des militaires et du personnel civil à devenir des pairs aidants. Ces personnes se portent volontaires pour être à l’écoute de leurs camarades, surtout lorsque ceux-ci vivent de la détresse psychologique et éprouvent un besoin de se confier et de se faire diriger vers les bonnes ressources disponibles au sein des Forces armées canadiennes. 


Le 23 mai, le premier groupe de Sentinelles était réuni. 

De nombreux militaires ont profité d’Op LASER pour suivre la formation de base. En date du 5 juin, 73 militaires, provenant de 18 unités, avaient suivi la formation (les deux tiers par l’intermédiaire de Webex). Les Sentinelles collaborent de près avec leur padre d’unité pour assurer le bien-être de tous les membres et leur donner accès à de multiples ressources de soutien.

Le 26 mai, le second groupe de Sentinelles prend la pose. 

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