Quand l’alcool devient une nécessité

 
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26 février 2020 - Yves Bélanger, Servir

Le 18 février, l’équipe de la Promotion de la santé de la région de Montréal a invité le sergent Stéphane Dupras, instructeur à l’École de leadership et de recrues des Forces canadiennes (ELRFC) à venir témoigner de ses 21 ans de sobriété. Ce midi-conférence a eu lieu au mess O’Mega de la Garnison Saint-Jean.



Le sergent Stéphane Dupras. (Photo : Yves Bélanger)

Avec simplicité et émotions, le militaire a raconté son expérience de vie et les raisons qui l’ont amené à arrêter de consommer de l’alcool.

C’est à l’âge de 17 ans que ce dernier a commencé à boire de façon exagérée. « À ce moment-là, je faisais la fête toutes les fins de semaine. Je ne me rendais pas compte de l’importance que l’alcool prenait dans ma vie. » Travaillant dans le milieu des bars pendant quelques années, sa dépendance s’est tranquillement amplifiée.

En 1990, en marchant sur la rue Sainte-Catherine à Montréal, une affiche de recrutement des Forces armées canadiennes lui donne envie de tenter sa chance. Un mois plus tard, il commence son entraînement. Comme métier, il opte pour l’infanterie et, une fois sa qualification militaire de base terminée, il est muté à la Base Valcartier.

Son entrée dans la vie militaire ne l’a toutefois pas arrêté de consommer de l’alcool à profusion lorsqu’il n’était pas en service. « En 1991, alors que j’étais déployé à Chypre, je faisais souvent la fête pour décompresser. Il y a des fois où je buvais tellement que je me réveillais le lendemain dans des endroits inconnus où je n’aurais pas dû être. »

C’est quelques années plus tard, lors d’un déploiement en Haïti, qu’il a commencé à prendre conscience de son problème de dépendance. « Un soir, j’ai rencontré un sergent qui m’a fait part de son alcoolisme. Il m’a alors parlé des Alcooliques anonymes (AA). Il m’a fait réaliser que pour être alcoolique, il n’est pas nécessaire d’être saoul mort tous les soirs. Il faut simplement que l’alcool devienne nécessaire pour fonctionner dans la vie de tous les jours. »

Boire pour oublier

C’est à partir de ce moment que le Sgt Dupras a réalisé que la consommation d’alcool était  une façon pour lui d’oublier ce qui n’allait pas dans sa vie. « Cela me servait à geler mes émotions. »

En 1999, il a fait la rencontre de celle qui est aujourd’hui sa femme. Sobre depuis six ans, celle-ci l’a invité à se joindre à elle lors d’une réunion des AA. À compter de ce jour, il n’a jamais rebu d’alcool.

Il avoue que l’élément déclencheur pour faire le saut vers la sobriété a été son fils qui était alors âgé de six ans. « Je me suis dit que je ne voulais pas que mon fils me connaisse ainsi. Je voulais être un meilleur exemple pour lui. »

Partager son expérience

Aujourd’hui, le Sgt Dupras se porte bien et réalise que son expérience est un atout pour son travail d’instructeur à l’ELRFC. « Connaissant les impacts qu’ont les événements du passé dans notre vie, je prends le temps de bien lire la biographie des candidats des pelotons dont je suis responsable. Je trouve important de faire attention aux humains autour de moi. Les gens de mon entourage savent que je suis disponible et à l’écoute quand ils ont besoin de se confier. »

Le militaire n’hésite pas à témoigner de son expérience comme il l’a fait dans le cadre de ce dîner-conférence. « Les AA m’ont apporté beaucoup. Maintenant, c’est à mon tour de redonner. »

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