Ces tragédies qui nous font grandir

 
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26 février 2020 - Yves Bélanger, Servir

Le 20 février, Sylvie Bernier, médaillée d’or olympique au plongeon de trois mètres, était de passage à la Garnison Saint-Jean. Aujourd’hui présidente de la Table sur le mode de vie physiquement actif, elle est venue parler de résilience lors d’un touchant témoignage.

On connait le succès que la plongeuse a connu aux Jeux olympiques de Los Angeles en 1984. Ce que plusieurs ignorent, c’est le terrible drame qu’elle a vécu il y a 18 ans et qui a complètement bouleversé sa vie ; la mort par noyade de son neveu Raphaël, cinq ans, au cours d’une excursion en canot à laquelle elle participait. Cette tragédie familiale a eu de gros impacts dans la vie de Sylvie Bernier qui a gardé le silence à ce sujet pendant 17 ans. 


Sylvie Bernier, médaillée olympique, a raconté comment elle a vécu ses plus beaux et pires moments dans l’eau. (Photo : Yves Bélanger)

Le drame est survenu en juillet 2002. « J’avais été invitée à aller pêcher le saumon sur la rivière Nouvelle en Gaspésie. Mon mari, mes trois filles et moi sommes donc partis en camping dans cette région en compagnie de mon frère et sa famille », a-t-elle raconté.

Au cours de ce séjour, on propose au groupe une excursion en canot sur la rivière. Tout allait bien jusqu’à ce que, 15 minutes avant la fin de l’activité, un des canots frappe un embâcle de bois et de branches et se renverse. Le canot a été littéralement englouti et attiré vers le fond. Malgré le fait qu’il portait un gilet de sauvetage, le petit Raphaël a eu le bras coincé dans l’embarcation et n’a pu remonter à la surface. « Je voyais sa main, j’ai voulu plonger, mais mon frère m’en a empêchée. En fait, il m’a sauvé la vie ». L’enquête du coroner a par la suite démontré qu’avec la force du courant à cet endroit, toute tentative de sauvetage était vouée à l’échec.

Malgré plusieurs années de thérapie, Sylvie Bernier n’arrivait pas à accepter, à faire le deuil. « Je me sentais tellement coupable d’avoir accepté cette invitation et d’avoir entraîné mon frère et sa famille là-bas. »

Un jour, elle a retrouvé dans sa bibliothèque un livre dont la lecture lui avait été bénéfique deux ans avant sa participation aux Jeux olympiques de 1984. « Cet ouvrage m’avait initié au concept de la pleine conscience. C’est grâce à cela que j’avais réussi à rester concentrée sur mes plongeons le fameux jour où j’ai remporté ma médaille d’or. »

En relisant plusieurs passages, l’ex-athlète olympique s’est remise à la méditation. « Cela m’a vraiment sauvé la vie. Je souffrais d’anxiété sévère depuis plusieurs années et c’est comme ça que j’ai réussi à m’en sortir. »

C’est toutefois lors d’un voyage en Europe, sur le Chemin de Compostelle en 2018, qu’elle dit avoir réussi à accepter la noyade de son neveu. « Plusieurs signes m’ont permis de comprendre que cela n’était pas arrivé pour rien. Que je devais transformer ce drame en quelque chose de positif. J’ai maintenant compris que tout ce qui nous arrive dans la vie, autant les bons moments que les moments difficiles, nous permet de grandir. »

À son retour, elle a mis sur pied le Fonds Raphaël Bernier afin de financer une partie du Programme Nager pour survivre de la Société de sauvetage du Québec. Les revenus de la vente de son livre Le jour où je n’ai pas pu plonger, dans lequel elle raconte son cheminement après la mort de son neveu, sont d’ailleurs tous dirigés vers ce fonds. « Mon objectif avec ce programme est que tous les enfants de troisième année du primaire sachent nager. Jusqu’à maintenant, nous avons réussi à former 12 000 enfants », lance-t-elle.


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