Le temps de carême dans le monde d’aujourd’hui

 
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10 avril 2019 - Padre (capitaine) Raphaël Liboneye, Service de l’Aumônerie, Groupe de soutien de la 2e Division du Canada

Depuis le 14 février, les padres ont commencé le temps qu’on appelle carême. Ce mot vient du latin, quadragesima ; c’est un temps de quarante jours réservés à la préparation de la fête de Pâques. C’est un temps pour revoir en profondeur comment est notre relation avec les personnes que nous côtoyons régulièrement dans notre vie, que ce soit au travail ou à la maison.


Au travail, nous avons des collègues qui, parfois, nous tombent sur les nerfs. Chaque fois qu’on se rencontre, il y a un froid qui s’installe. Durant le carême, c’est le temps de faire un geste spécial pour cette personne qui a des qualités certainement, mais quelque chose fait qui fait qu’on ne les perçoit pas. Lui faire une surprise en l’invitant à prendre un café au Subway devient une occasion de s’apprivoiser mutuellement. Souvent, ça marche et le moment devient un moment magique où tous les deux découvrez que probablement les chicanes n’étaient que des malentendus que vous auriez pu éviter.



À la maison, il arrive que la musique disparaisse du paysage familial parce qu’il y a des tensions. Le mot foyer perd tout son sens quand il n’y a plus de gestes affectueux qui s’échangent. La présence des téléphones intelligents a rendu les utilisateurs plus isolés, détachés de toute relation. On passe la journée avec les écouteurs dans les oreilles et même à la maison on ne veut être dérangé par personne. À la longue, non seulement la famille en paie le gros prix par la séparation, mais elle le paie au niveau de la santé physique, car il y a aussi des répercussions immédiates : on devient sourd, on souffre de maux de tête. Sur le plan relationnel, les personnes ont perdu leur enthousiasme pour parler aux autres. On en arrive à se demander si parler à l’autre n’est pas le déranger ; on devient étranger aux membres de notre propre famille et à soi. Le temps de carême devient alors un moment de retour sur la vraie vie familiale, où au lieu de fuir la réalité, on la regarde en face. Se parler sans se mentir, c’est en fait accepter de faire des sacrifices afin de préserver les valeurs familiales.

Lorsque tout le monde aura reconnu le mal qui tend à désintégrer la famille, et que chacun et chacune acceptera d’y mettre du sien pour la rebâtir afin de retrouver la chaleur qui régnait dans le foyer, la joie qui les accueillait et la paix qui les rassurait, le temps du carême aura été cette prise de conscience à propos de la famille.

La vie trépidante de la société moderne a détricoté le tissu familial. L’individu a tellement pris de place qu’il n’y a pas assez de place pour tout le monde dans une famille. On vit seul en appartement dès le jeune âge et on y grandit jusqu’à une vieillesse souvent précoce. Le temps de carême est un temps pour se rappeler, pour revenir à soi, pour revenir à la famille afin de se découvrir et de découvrir l’autre. L’autre est en fait celui dont j’ai besoin pour me connaître. C’est avec l’autre que la famille devient possible. La famille est la source de la joie dont le monde a besoin. 

Prenons un temps durant ce carême afin de déterrer le meilleur de nous-mêmes enfoui sous les décombres de nos peurs. Alors l’autre nous trouvera prêts à l’accueillir tel qu’il est, sans artifices ni masque de notre part. Ainsi l’harmonie s’installera au travail et la famille pourra vraiment fêter Pâques !

Le temps de carême est un temps pour se rappeler, pour revenir à soi, pour revenir à la famille afin de se découvrir et de découvrir l’autre. C’est avec l’autre que la famille devient possible.

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