Les femmes ont leur place au sein des FAC​

 
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14 mars 2019 - Yves Bélanger, Servir

Dans le cadre d’une formation, l’École de langues des Forces canadiennes – Détachement Saint-Jean (ÉLFC - Det Saint-Jean) a invité le capitaine retraité Sandra Perron à parler de son expérience au sein des Forces armées canadiennes (FAC). L’événement a eu lieu le 27 février dernier à l’auditorium de la Garnison Saint-Jean, à quelques jours de la Journée internationale des femmes.

Au cours de son témoignage, Sandra Perron a raconté que faire carrière au sein d’une unité de combat des FAC était un rêve qu’elle caressait depuis son adolescence. Mais, lorsqu’est venu le temps de s’enrôler à la fin des années 1980, on lui a vite fait comprendre que les femmes n’avaient pas leur place au combat. « Moi par contre, j’ai toujours été convaincue que des normes qui ont été établies de façon légitime ne devraient jamais être compromises pour qui que ce soit. »


Le sous-lieutenant de la marine mexicaine Nallely Rajas Jacone, le matelot de troisième classe Maude Lafortune, le capitaine (retraitée) Sandra Perron, le capitaine Tran Thi Thyêt Lan, des Forces armées vietnamiennes, Nathalie Campagna, enseignante de français et le lieutenant de la marine brésilienne Ana Coarolina. (Photo : Avr Zamir Muminiar – Imagerie Saint-Jean)

Après 13 ans de service, même si elle avait prouvé qu’elle ne nuisait en rien à l’efficacité opérationnelle, Sandra Perron est épuisée. Elle finit par baisser les bras et quitte les FAC en 1996. « Je voulais me battre pour mon pays et pas pour mon droit de servir mon pays », lance-t-elle.



Du changement

Malgré sa mauvaise expérience, Sandra Perron demeure loyale envers les FAC et dit garder de bons souvenirs des moments vécus dans l’armée avec des hommes qui sont devenus de véritables alliés. Elle regrette toutefois de ne pas avoir brisé le silence plus tôt sur le harcèlement qu’elle a vécu. 

Même si les choses se sont améliorées pour les femmes au sein des FAC, elle assure que certaines sont encore victimes de sexisme. Pour cette capitaine retraitée, les femmes ont leur place au sein des FAC. « La cohésion de groupe n’a rien à voir avec le genre, la couleur de peau, l’orientation sexuelle ou la religion. Ça vient du fait d’avoir une mission en commun et de partager à la fois des bons et des mauvais moments. »

Elle insiste sur le fait que le leadership ne consiste pas à traiter tout le monde pareil, mais à traiter tout le monde équitablement et qu’une unité forte n’en est pas une qui est composée uniquement d’hommes forts. « On a besoin de la diversité au sein d’une unité. Par exemple, un qui est bon en tir, un qui en bon en course, un qui est très fort, un qui maîtrise la langue du pays et un qui est fort en navigation. »

Elle espère que les prochaines générations de militaires accepteront mieux les différences, notamment en ce qui concerne les femmes. « Toutefois, les hommes doivent arrêter de porter la culpabilité des gestes de certains de leurs pairs. On le sait que la plupart des hommes sont de notre côté. »
Elle soutient également que les femmes ont une part importante de responsabilité pour améliorer leur sort sur le marché du travail. « Au travail, nous pouvons être nos pires ennemies et il y a une raison à ça, c’est qu’on a dû s’adapter à un milieu autrefois réservé aux hommes. Pour survivre, nous avons décidé d’agir comme eux. Le problème, c’est que les hommes sont bien dans la compétition et dans leur façon de faire hiérarchisée, mais pas nous. »

Elle souhaite donc que les femmes deviennent des sœurs, des alliées au travail. « Nous devons être des coachs, des mentors, tout comme nous le faisons entre nous dans les différentes étapes de la vie. »

Seule au front

Fille de militaire, Sandra Perron est devenue en 1992 la première femme des Forces armées canadiennes (FAC) à intégrer le Royal 22e Régiment. Pendant les treize ans au cours desquels elle a fait carrière, elle a entre autres été déployée en Croatie et en Bosnie. Toutefois, ses pires ennemis n’étaient pas de l’autre côté de la ligne de front, mais à ses côtés. N’acceptant pas qu’elle intègre une telle unité, plusieurs confrères masculins lui ont fait vivre les pires cauchemars. En 2017, elle publiait son autobiographie, Seule au front, aux éditions Québec Amérique.