La santé mentale au sein de la 2e Division du Canada

 
Le journal de la communauté militaire - Garnison Saint-Jean et région de Montréal Contactez-nous    Format PDF

CLICK HERE TO ACCESS THE ENGLISH VERSION

30 janvier 2019 - Brigadier-général Jennie Carignan, commandant de la 2e Division du Canada et de la Force opérationnelle interarmées Est


La journée Bell Cause pour la cause du 30 janvier nous donne l’occasion de faire le point au sujet de la santé mentale au sein de la 2e Division du Canada. La santé - physique et mentale - est un socle essentiel sur lequel repose notre essor personnel et professionnel. 

Au Canada, une personne sur cinq souffre d’un problème de santé mentale1 et 49 % des Canadiens ont déjà eu des problèmes liés à la santé mentale2. Chaque semaine, plus d’un demi-million de Canadiens sont absents du travail en raison de problèmes liés à la santé mentale3. Pourtant, selon la Commission de la santé mentale du Canada, plus de six Canadiens sur 10 qui vivent avec un problème de santé mentale ne demandent pas d’aide par crainte de stigmatisation4. Considérant la prévalence des problèmes de santé mentale, pourquoi y a-t-il autant de résistance à consulter quand ça ne va pas ? 


Dans notre culture militaire où il est important de projeter une image de force, il nous faut convenir qu’il existe certains préjugés à l'égard des problèmes mentaux. Qui plus est, la stigmatisation s’intériorise lorsqu’une personne atteinte s’impose ces préjugés. Ainsi, les préjugés causent souvent plus de souffrance que le problème de santé mentale même et demeurent une entrave - voire une barrière - au rétablissement. Ils exacerbent le sentiment de honte, de culpabilité, d’isolement et de baisse d’estime de soi. 

Il est également permis de se demander ce qui fait en sorte qu’il y ait moins de préjugés concernant une blessure physique apparente, par exemple une lésion, une fracture ou une entorse ? Est-ce le fait qu’on puisse constater la « blessure » ? Pourtant, il semble y avoir peu de jugements négatifs associés à des conditions physiques invisibles, par exemple un ulcère ou le diabète. Alors comment expliquer le regard négatif que nous posons à l’endroit des personnes atteintes de problèmes de santé mentale ? À mon avis, deux raisons expliquent ces préjugés. La première est l’incompréhension liée aux problèmes de santé mentale, qui est sans doute attribuable aux tabous qui ont trop longtemps relégués ces enjeux à l’ombre. De plus, nous avons tendance à être inconfortable avec ce que nous ne connaissons pas et les préjugés permettent de compartimenter ce qui est inconnu. La deuxième raison - également liée à l’incompréhension - est la prémisse erronée que les personnes touchées par des enjeux de santé mentale sont faibles et manquent de fibre morale.

Pourtant, il n’y a pas de corrélation entre la force ni l’intellect d’une personne et leurs problèmes de santé mentale. À preuve, voici autant de personnes connues qui ont vécu avec la dépression : Abraham Lincoln, Winston Churchill, Isaac Newton, Oprah Winfrey, Charles Darwin, Boris Yeltsin, lieutenant-général (à la retraite) Roméo Dallaire. Tous des leaders forts qui ont grandement contribué à la société ; bref, qui ont changé le monde. Il est donc essentiel d’aller chercher de l’aide quand le besoin se fait sentir. Nous avons d’excellents services à notre disposition qui sont confidentiels.

Heureusement, la société évolue et quelques signes sont encourageants. En effet, 87 % des Canadiens ont une meilleure connaissance des enjeux de santé mentale qu’il y a cinq ans et 85 % d’entre eux considèrent que les attitudes concernant les enjeux de santé mentale se sont améliorées5. Néanmoins, à mes yeux, il faut continuer de lutter contre la stigmatisation des problèmes liés à la santé mentale qui s’accroche à notre culture et qui nuit à notre résilience.

Et comment on fait ça ? Il n’y a pas de recettes magiques, cependant la recherche a démontré qu’un des moyens les plus efficaces pour contrer la stigmatisation est l’approche personnelle, c’est-à-dire d’encourager les personnes touchées à en parler ouvertement6. C’est dans cette optique que la journée Bell Cause pour la cause prend tout son sens. En parlant de notre vécu, ceux d’entre nous qui ont été touchés par des défis de santé mentale se rendront rapidement compte qu’ils ne sont pas seuls. Dans cet esprit, je vous encourage à vous exprimer, à vous ouvrir et à partager votre expérience afin de favoriser un climat d’acceptation et d’entraide.

Cependant, à mon avis, c’est la façon dont on se traite les uns les autres à travers nos activités et interactions au quotidien qui a le plus d’impact sur notre santé mentale. Travailler dans un environnement où on se sent en sécurité, où on sent qu’on contribue à l’organisation et où on sent que notre apport est apprécié est salutaire pour l’âme. En somme, le style de leadership adopté a un immense impact sur la santé mentale de l’équipe. C’est pourquoi je préconise un leadership de proximité axé sur la confiance, le respect, la communication et la valorisation. En vertu de l’exemple qu’ils donnent, les leaders peuvent contribuer à créer des environnements propices à la création de solides relations de travail caractérisées par l’entraide et le soutien entre collègues et camarades.

La lutte aux préjugés et à la stigmatisation nous permet d’établir un climat de travail au sein duquel les membres de l’équipe de la 2e Division du Canada se sentent en sécurité et sont plus susceptibles de solliciter le soutien dont ils ont besoin afin de se rétablir rapidement. Nous partageons tous une responsabilité de lutter contre les stigmatisations reliées à la santé mentale et j’estime que les leaders – à tous les niveaux – ont un devoir à cet égard.

Il est clair dans mon esprit qu’on peut avoir une carrière enrichissante au sein des FAC tout en ayant des défis de santé mentale. C’est humain, tout simplement.

1 https://mentalhealthweek.ca/fr/fiche-de-renseignements-pour-la-semaine-de-la-sante-mentale-parlerhautetfort-pour-demystifier-la-sante-mentale/
2 https://www.journaldemontreal.com/2018/05/16/49--des-canadiens-ont-deja-connu-des-problemes-de-sante-mentale
3 https://www.mentalhealthcommission.ca/Francais/focus-areas/la-sante-mentale-compte
4 https://www.mentalhealthcommission.ca/Francais/what-we-do/stigmatisation-et-discrimination
5 Ressource Journée Bell Cause pour la cause 2019
6 http://troubleshumeur.ca/documents/Home%20Page/Stigma_ElephantCampaign_FR.pdf
 

Mental Health at 2nd Canadian Division


January 30, 2019 - Brigadier-General Jennie Carignan, Commander, 2nd Canadian Division

Bell Let’s Talk Day on 30 January provides us the opportunity to take stock of mental health at 2nd Canadian Division. Good health – both physical and mental – is the foundation we need in order to thrive personally and professionally.

In Canada, one in five people suffers from a mental health problem1 and 49% of Canadians have experienced mental health problems2. Every week, more than half a million Canadians are absent from work due to mental health problems3. Nevertheless, according to the Mental Health Commission of Canada, more than six in every 10 Canadians living with a mental health problem do not seek help because they fear being stigmatized4. Given the prevalence of mental health problems, why is there so much resistance to seeking professional help when we are struggling? 

In our military culture where it is important to project an image of strength, we can agree that certain judgmental attitudes or prejudices exist about mental illness. Moreover, stigmatization becomes self-imposed when a person living with mental illness internalizes those negative attitudes. As such, prejudices cause more suffering than the mental health problem itself and remain an obstacle – even a barrier – to recovery. They exacerbate feelings of shame, guilt, isolation and low self-esteem. 

It is opportune to ask ourselves why there are fewer prejudices about more obvious physical injuries such as a wound, a fracture or a sprain. Is it because we can see the “injury”? Yet, it seems that there is little stigma attached to invisible physical conditions such as ulcers or diabetes. What is behind this stigmatization of people living with mental health problems? I would suggest that there are two reasons that explain these stigmatizations. The first is a lack of understanding of mental health problems, which is likely due to the taboos that have kept these issues in the shadows for too long. In addition, there is a tendency to be uncomfortable with what we do not know, and prejudices enable us to compartmentalize the unknown. The second reason – also related to a lack of understanding – is the false premise that people affected by mental health issues are weak and lacking in moral fibre. 

In fact, there is no correlation between a person’s strength or intellect and their mental health issues. Many famous people have lived with depression, including Abraham Lincoln, Winston Churchill, Isaac Newton, Oprah Winfrey, Charles Darwin, Boris Yeltsin and Lieutenant-General (retired) Roméo Dallaire. All strong leaders who have contributed significantly to society – in short, they have changed the world. It is therefore essential to seek help when you need it. We have excellent – and confidential – services available to us.

Fortunately, society evolves and there are some encouraging signs. Today, 87% of Canadians are more aware of mental health issues than they were five years ago, and 85% think that attitudes about mental health issues have improved5. Nevertheless, from my point of view, we must continue to counter the stigmatization of mental health problems that persists in our culture and undermines our resilience. 

And how do we do that? There are no magic formulas; however, research has shown that one of the most effective ways to counter stigmatization is the personal approach, namely encouraging affected individuals to talk about it openly6. That’s what makes Bell Let’s Talk Day so important. Through talking about our experiences, those of us who have been affected by mental health challenges will quickly realize that we are not alone. In this spirit, I encourage you to express yourselves, open up, and share your experience in order to contribute to an environment of acceptance and mutual support.

However, in my opinion, it is the way we treat each other in our daily activities and interactions that has the biggest impact on our mental health. Working in an environment where we feel safe, feel that we are contributing to the organization and feel that our contribution is appreciated is good for the soul. In essence, the adopted leadership style has an enormous impact on the team’s mental health. That is why I encourage a personal leadership based on trust, respect, communication and appreciation. By setting a good example, leaders can help build working environments conducive to creating solid work relationships based on mutual help and support among colleagues and comrades-in-arms.

By fighting prejudices and stigmatization, we can create an environment in which the members of the 2nd Canadian Division team feel safe and are more likely to seek the support they need in order to recover quickly. We all share a responsibility to counter the stigmas around mental health, and leaders – at all levels – have a duty in that regard.
There is no doubt in my mind that a person with mental health challenges can have a rewarding career in the Canadian Armed Forces. That’s what being human is all about. 


1 https://mentalhealthweek.ca/get-loud-about-what-mental-health-really-is
2 https://www.journaldemontreal.com/2018/05/16/49--des-canadiens-ont-deja-connu-des-problemes-de-sante-mentale
3 https://www.mentalhealthcommission.ca/English/focus-areas/mental-health-matters
4 https://www.mentalhealthcommission.ca/English/what-we-do/stigma-and-discrimination 
5 Bell Let’s Talk Day 2019 resource
6 http://troubleshumeur.ca/documents/Home%20Page/Stigma_ElephantCampaign_EN.pdf