Un vétéran meurt l’esprit en paix

 
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17 janvier 2019 - Yves Bélanger, Servir

Le soldat (retraité) Raymond Ladouceur est un de ces hommes qui ont vécu les horreurs de la guerre. Ce dernier, tout comme son frère Maurice, a participé à la guerre de Corée, de 1950 à 1953, au sein des 1er et 3e Bataillons, Royal 22e Régiment (R22eR). Sa plus grande souffrance était de ne jamais avoir su ce qui était arrivé à son frère, capturé par l’ennemi la nuit du 5 au 6 septembre 1952. L’été dernier, il a finalement eu réponse à ses questions puis est décédé l’esprit en paix le 27 novembre dernier, à l’âge de 90 ans.



Les vétérans Joseph Ganin et Raymond Ladouceur lors de leur rencontre le 6 août 2018.
Photo : courtoisie


Le lieutenant-colonel (retraité) Ronald Gagnon est l’un de ceux qui ont effectué des recherches pour retracer l’histoire du caporal Maurice Ladouceur. Il raconte qu’il a fait la rencontre de Raymond Ladouceur l’an dernier dans le cadre des heures de bénévolat qu’il effectue auprès des anciens combattants hospitalisés à l’Hôpital Saint-Anne. « J’ai été touché par cette histoire et par le fait que M. Ladouceur était encore aujourd’hui bouleversé par le fait de ne jamais avoir eu d’information concernant les dernières heures de son frère. »

Il a donc décidé d’entreprendre quelques recherches à ce sujet. Ses premières démarches l’ont évidemment dirigé vers les archives du R22eR. « À la page 100 du livre Les Bataillons et le Dépôt du Royal 22e Régiment, j’ai trouvé quelques lignes racontant l’histoire de la patrouille dont le caporal Ladouceur faisait partie avec quatre autres militaires. On y relate que les militaires ont été faits prisonniers, et que le Cpl Maurice Ladouceur, âgé de 22 ans, a été tué alors qu’il tentait d’alerter des hommes venus à sa rescousse. Pour cette action, le Cpl Ladouceur a été cité à l’Ordre du Jour à titre posthume. »

La fille de Raymond Ladouceur, Sylviane, a également entrepris des recherches qui l’ont menée à Anciens Combattants Canada. « Les documents qu’elle a obtenus sur le site Mémorial de guerre du Canada comprenaient une photo de son oncle, son état de service et une photo de la plaque du mémorial située dans le cimetière commémoratif du Commonwealth, à Tanggok. On y retrouvait aussi un article intitulé Montrealer Gives Liberty To Save Comrades in Korea.

C’est à partir de ce texte que Sylviane Ladouceur a appris que c’est le geste héroïque du Cpl Ladouceur qui a permis de sauver la section envoyée à sa rescousse, une deuxième section de sauvetage ayant été envoyé sur place. Celui-ci était commandé par le caporal Joseph Ganin. « On y explique qu’à son arrivée sur place, la section a découvert sur le sol des traces qui pouvaient laisser croire qu’un homme s’était fait traîner de force tout en se débattant furieusement. Quatre jours plus tard, lors d’une inspection des environs, la plaque d’identification du caporal Maurice Ladouceur et une de ses espadrilles ont été retrouvées. »


Une émouvante rencontre

Le 10 août 2018, l’Hôpital Sainte-Anne était l’hôte d’une cérémonie pour souligner le 65e anniversaire de la signature de l’armistice de la guerre de Corée. Raymond Ladouceur et sa fille étaient présents à cet événement. « Au moment de présenter les vétérans présents, Sylviane a tout de suite reconnu le nom de Joseph Ganin. Elle est aussitôt allée à la rencontre de cet homme qu’elle a présenté à son père quelques minutes plus tard », explique le Lcol (ret) Gagnon.

Pour la première fois, Raymond Ladouceur a pu se faire raconter par un témoin ce qui s’était passé la nuit fatidique du 6 septembre 1952. « Inutile de dire que la rencontre entre les deux vétérans a été des plus émotives. M. Ladouceur a enfin pu vivre le réel deuil de son frère et en même temps, Joseph Ganin a pu se délivrer de la culpabilité qu'il avait de n’avoir jamais pu retrouver le Cpl Maurice Ladouceur. »

Trois mois plus tard, le 27 novembre, Raymond Ladouceur est décédé à l’Hôpital Sainte-Anne.