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Julie Selby – épouse du capitaine Miles Selby, CD

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Témoignage – Le récit de Julie

Lorsque mon mari, le capitaine Miles Selby, est décédé lors d’un accident, durant un entraînement, le 10 décembre 2004, j’ai ressenti le besoin urgent de parler avec d'autres veuves militaires. Non seulement pouvaient-elles comprendre ce que je vivais et répondre à mes questions à propos de ce choc soudain, mais le fait de partager sur nos expériences communes m’a aidée à faire face aux tâches immédiates et à chaque nouvelle étape qui se présentait devant moi puisque j’étais forcée de réinventer ma vie.
 
Cet événement venait de changer radicalement ma vie. Je n’étais plus une épouse et aucun des plans de vie que nous avions élaborés ne deviendraient réalité. Je n’étais plus un membre de la famille militaire et j’ai dû déménager de notre maison militaire à l’extérieur de la province. Par conséquent, j’ai perdu mon emploi, mes amis, mon chez-moi – en fait, la somme de notre vie ensemble. Chaque nouvel obstacle semblait moins insurmontable une fois que j’ai eu la chance de parler avec une autre veuve qui avait vécu les mêmes étapes que moi. Et plus importants encore, tous les sentiments inconnus qui m’envahissaient ont semblé plus normaux une fois que je les ai exprimés à une oreille compréhensive. J’ai reçu des encouragements et l’assurance que mes expériences et mes sentiments étaient normaux compte tenu des circonstances. Mon niveau de stress diminuait d’un cran chaque fois que j’entendais quelqu’un dire qu'il avait fait, pensé ou ressenti exactement les mêmes choses. Bien sûr, mes amis et ma famille étaient présents à mes côtés, me manifestant beaucoup d'amour. Mais ce n’était pas ce dont j'avais besoin. Je n’avais pas besoin de la sympathie des gens, mais plutôt de quelqu’un qui comprenait et qui pouvait m’aider à déchiffrer des choses que personne d’autre ne pouvait imaginer.
 
Pendant ce processus, au cours duquel j’ai dû composer avec les pires étapes de mon deuil, j’avais besoin d’entendre des exemples concrets de d’autres veuves qui elles aussi devaient trouver des façons de reprendre le contrôle de leur vie et de garder espoir pour l'avenir, sans pour autant écarter ou laisser dans le passé l’être cher. Elles parvenaient à avancer sans s’éloigner de l'amour qui était toujours présent dans leur cœur. Et j’avais besoin d’entendre comment. Me faire dire de mettre toute cette vie derrière moi et de recommencer à zéro était la dernière chose que je voulais entendre. Et le meilleur encouragement que je pouvais recevoir était celui d’une autre veuve écoutant mes inquiétudes à ce sujet. Elles étaient toutes là pour moi en m’offrant leur appui comme personne d’autre ne pouvait le faire.
 
Reconnaître que cette connexion avec des pairs en deuil était mon besoin le plus important à ce moment-là et réaliser que c'est ce qui m'a aidée le plus, m’a permis de trouver une façon d’aider les autres. Quand l’occasion s’est présentée, en mai 2006, de participer à un groupe de discussion visant à la possibilité de développer un nouveau programme permettant de réunir les familles militaires endeuillées, j’ai sauté sur l’occasion. Depuis la première rencontre à aujourd’hui, 10 ans plus tard, avec ce groupe appelé ESPOIR, j’ai vécu des expériences incroyables avec beaucoup de bénévoles exceptionnels qui m’inspirent. Ils me rappellent qu’en dépit des pires circonstances imaginables, nous pouvons tous voir une lueur d'espoir à l’horizon et mener une vie satisfaisante, saine et heureuse qui aurait fait la fierté de nos êtres chers. Ils me rappellent également qu’en donnant à partir de notre propre résilience, nous pouvons offrir des mots d’encouragement et être une source d’inspiration pour ceux qui ne font que commencer leur cheminement vers la guérison. En fin de compte, tout ce que ça prend, c’est votre écoute et votre cœur.
 
Je suis très reconnaissante envers ce programme et envers Sophie Richard, qui nous a guidés avec sagesse tout au long du processus, et mes pairs qui m’ont constamment encouragée par leur bon exemple. Ma vie est plus complète, plus heureuse et plus saine grâce à eux. Je souhaite et je prie pour que les familles militaires endeuillées puissent utiliser les services du programme ESPOIR et ressentir le même soutien incroyable tout au long de leur cheminement vers la guérison.